Amazon et la taxe pétrole : les vendeurs vont devoir passer à la caisse

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 12:26

Le scénario est rodé : dès que la géopolitique s'emballe et que les stations-service affichent des prix lunaires, les géants de la logistique ajustent leurs tableurs Excel. Amazon vient d'annoncer l'instauration d'une surcharge carburant et inflation de 3.5 % pour les vendeurs utilisant son réseau de distribution. Cette mesure, qui entrera en vigueur le 17 avril, cible directement les utilisateurs du programme Fulfillment by Amazon (FBA).

La firme de Seattle, d'habitude peu loquace sur ses marges internes, a confirmé l'information à Bloomberg. Selon un porte-parole, l'entreprise aurait « absorbé » les hausses de coûts jusqu'à présent, mais la persistance des tensions sur les marchés de l'énergie l'obligerait désormais à répercuter une partie de la facture. Cette décision intervient alors que le conflit en Iran paralyse les circuits traditionnels d'approvisionnement.

Elevated costs in fuel and logistics have increased the cost of operating across the industry. We have absorbed these increases so far, but similar to other major carriers, when costs remain elevated we implement temporary surcharges to partially recover these costs.
— Porte-parole d'Amazon

Le spectre de la crise énergétique de 2022

Ce n'est pas la première fois qu'Amazon utilise ce levier. En 2022, suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, une taxe similaire avait été mise en place. À l'époque, le baril de brut franchissait déjà la barre symbolique des 100 $. Aujourd'hui, l'histoire bégaye. L'instabilité actuelle au Moyen-Orient, marquée par des tensions extrêmes au sein du gouvernement iranien, a de nouveau propulsé les cours de l'or noir vers des sommets oubliés.

Le point névralgique de cette crise se situe au niveau du détroit d'Ormuz. Cette artère vitale, par laquelle transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, est au cœur des manœuvres militaires. Les tentatives de blocage des voies maritimes ont immédiatement créé une onde de choc sur les prix à la pompe, forçant les transporteurs à revoir leurs structures de coûts en urgence.

Un impact inévitable pour le consommateur final

Amazon se défend en affirmant que cette surcharge reste « significativement inférieure » à celles appliquées par d'autres transporteurs majeurs comme FedEx ou UPS. C’est peut-être un argument de vente, mais pour les milliers de marchands qui dépendent exclusivement de l'infrastructure de l'e-commerçant pour stocker et expédier leurs produits, ces 3.5 % représentent une coupe franche dans des bénéfices déjà érodés par l'inflation globale.

Bien que l'entreprise assure que cette mesure est temporaire et sera réévaluée en fonction de l'évolution du marché, l'expérience montre que ces ajustements ont une fâcheuse tendance à s'installer dans la durée. Pour le client final, la conclusion est limpide : peu de vendeurs pourront absorber ce surcoût sans ajuster leurs prix de vente. Le « clic » de commande risque de coûter un peu plus cher dès la fin du mois.

Pendant que la logistique mondiale se fragmente sous la pression énergétique, certains projets technologiques ambitieux sont purement et simplement abandonnés. C'est le cas de Sony et Honda qui ont fermé le projet AFEELA, signifiant que leur vision de la mobilité électrique à 90 000 $ (83 000 €) ne verra jamais le jour.