Intel et Elon Musk : un mariage de raison (et de silicium) pour conquérir l'espace

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 18:20

Il y a un peu plus d'un an, Bill Gates ne mâchait pas ses mots à l'égard d'Intel. Le fondateur de Microsoft se disait « stupéfait » de voir le leader historique des puces PC perdre pied, tant sur le design que sur la fabrication. Un constat amer pour une entreprise qui semblait incapable de prendre le train de l'intelligence artificielle en marche. Mais en ce début d'avril 2026, le vent semble tourner, ou du moins, Intel a décidé de s'accrocher à la seule locomotive capable de faire oublier ses déboires : la galaxie Elon Musk.

L'alliance inattendue avec Terafab

Intel vient d'officialiser son entrée dans le projet Terafab, une collaboration d'envergure impliquant déjà SpaceX, xAI et Tesla. L'objectif affiché est de « refactoriser » la technologie de fabrication du silicium. Pour Intel, il ne s'agit pas seulement de produire des puces, mais de mettre à profit ses capacités de packaging et de production à grande échelle pour atteindre une puissance de calcul phénoménale de 1 térawatt par an. Cette annonce a immédiatement eu un effet salvateur en bourse, l'action Intel grimpant de 2 % selon les données de Reuters.

Ce regain d'intérêt ne repose pas sur une percée technologique soudaine que l'on attendrait depuis des années, mais plutôt sur une stratégie pragmatique de contrats lucratifs. Entre les accords avec le gouvernement fédéral américain et son rôle de fournisseur pour Apple, Intel s'achète du temps et de la crédibilité. L'intégration au projet Terafab est la cerise sur un gâteau qui commençait sérieusement à rassis.

Des puces, des robots et des catapultes lunaires

Le projet Terafab, basé à Austin au Texas, ne ressemble à rien de ce que l'industrie a connu jusqu'ici. L'usine géante se concentrera sur deux types de processeurs. Le premier est destiné à l'inférence et au « edge computing », soit la capacité de faire tourner des modèles d'IA localement, par exemple à l'intérieur d'un robot Tesla Optimus, sans dépendre du cloud. Le second volet est nettement plus exotique : des puces conçues pour l'entraînement de modèles dans l'espace.

Elon Musk a d'ailleurs évoqué une logistique digne d'un roman de science-fiction pour soutenir cette infrastructure. Il est question de catapultes spatiales installées sur la Lune pour lancer des satellites d'IA en orbite terrestre. Si l'idée peut prêter à sourire, Intel semble prendre l'affaire très au sérieux. Le PDG d'Intel, Lip-Bu Tan, a d'ailleurs salué sur X (anciennement Twitter) la capacité de Musk à réimaginer des industries entières, affirmant que Terafab représente un « changement d'étape » dans la construction de la logique silicium et de la mémoire.

Le prix de l'ambition démesurée

Construire une telle infrastructure n'est pas une mince affaire. Selon les propres chiffres d'Intel, une usine de puces typique nécessite environ 1 200 outils de haute précision valant plusieurs millions d'unités chacun, et 1 500 équipements de services publics. Le coût d'un tel complexe avoisine les 10 milliards de dollars (environ 9.2 milliards d'euros) et demande entre trois et cinq ans de travaux mobilisant 6 000 ouvriers.

En rejoignant Terafab, Intel ne se contente pas de fabriquer ; l'entreprise tente de prouver qu'elle peut encore être l'architecte du futur, même si pour cela, elle doit accepter de jouer les seconds rôles derrière les visions spatiales de Musk. Reste à savoir si cette débauche de moyens suffira à redonner à Intel sa superbe d'antan ou si le fondeur finira par se perdre définitivement dans les étoiles.

L'intelligence artificielle n'en finit pas de bousculer les hiérarchies établies, poussant même les plus grands noms à des alliances autrefois impensables. Claude Mythos montre par exemple comment les modèles d'IA tentent eux-mêmes de repousser les limites de leur environnement numérique, tout comme Intel tente de briser ses propres barrières industrielles.