Des GPU en orbite : Kepler et Sophia Space préparent le terrain pour les data centers spatiaux

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 10:34

On parle beaucoup de « cloud », mais jusqu'ici, le nuage restait désespérément cloué au sol, enfermé dans de vastes hangars climatisés. Kepler Communications et la startup Sophia Space comptent bien changer la donne en envoyant la puissance de calcul là où l'air est plus rare, mais les contraintes terrestres moins pesantes. Alors que les géants comme SpaceX ou Blue Origin font miroiter des centres de données géants pour la prochaine décennie, des acteurs plus agiles commencent déjà à poser les premières briques d'une infrastructure informatique orbitale.

Un cluster de calcul à 500 kilomètres d'altitude

Le plus grand cluster de calcul actuellement en orbite n'appartient pas à une agence gouvernementale, mais à la société canadienne Kepler Communications. Lancé en janvier, ce réseau se compose de dix satellites opérationnels embarquant environ 40 processeurs de bord, tous reliés par des liaisons de communication laser. Il ne s'agit pas ici de serveurs massifs, mais de processeurs de pointe conçus pour l'informatique en périphérie (edge computing).

Le principe est simple : au lieu de renvoyer des téraoctets de données brutes vers la Terre pour les analyser — un processus lent et coûteux en bande passante — le traitement se fait directement là-haut. Kepler vient d'ailleurs d'annoncer un partenariat avec Sophia Space, une jeune pousse qui va tester son système d'exploitation propriétaire sur cette constellation. L'objectif est de configurer et de faire tourner des logiciels sur six processeurs Nvidia Orin répartis sur deux engins spatiaux différents. Une opération banale dans un centre de données terrestre, mais une première technique absolue dans le vide spatial.

Le casse-tête du refroidissement et de l'énergie

L'un des obstacles majeurs à l'expansion des serveurs dans l'espace est la gestion de la chaleur. Sans air pour transporter les calories, un processeur puissant peut rapidement se transformer en radiateur inutile. Sophia Space travaille sur des systèmes de refroidissement passif pour éviter d'alourdir les satellites avec des dispositifs actifs complexes et onéreux. L'enjeu est de taille : si l'on veut que ces centres de données soient viables, ils doivent être capables de fonctionner à plein régime sans fondre.

Parce que nous sommes convaincus qu'il s'agit davantage d'inférence que d'entraînement, nous voulons des GPU plus distribués qui font de l'inférence, plutôt qu'un seul GPU surpuissant. Si votre installation consomme des kilowatts et que vous ne l'utilisez que 10 % du temps, ce n'est pas utile. Dans notre cas, nos processeurs tournent à 100 %.
— Mina Mitry, PDG de Kepler Communications

Pourquoi l'espace devient-il séduisant ?

Au-delà de la prouesse technique, il existe une réalité économique et politique. Sur Terre, la construction de nouveaux centres de données commence à butter sur des résistances législatives et environnementales, comme l'illustrent les récentes restrictions dans certains États américains. Dans ce contexte, l'orbite terrestre devient une alternative de plus en plus crédible pour déporter une partie de la charge de calcul mondiale.

Le secteur militaire est également en première ligne. Le Pentagone s'intéresse de près à ces capacités pour ses nouveaux systèmes de défense antimissile, où la détection et le suivi des menaces doivent se faire en une fraction de seconde. En traitant l'information à la source, via des capteurs radar à synthèse d'ouverture, les satellites gagnent en réactivité. Ce n'est plus seulement une question de stockage, mais de survie opérationnelle. Le « weird » (l'étrange), comme le souligne le patron de Sophia Space, ne fait que commencer.

Pendant que certains tentent de conquérir l'espace pour le calcul, d'autres cherchent à briser des monopoles industriels bien terrestres. C'est le cas de Radify Metals qui utilise le plasma pour transformer la métallurgie.