L'IA au contrôle du ciel : les États-Unis misent 12 milliards de dollars sur un système prédictif

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 18:59

La FAA, l'autorité américaine de l'aviation civile, lance un chantier colossal : un système d'IA baptisé SMART (Strategic Management of Airspace Routing Trajectories) pour prédire et éviter les embouteillages aériens jusqu'à deux heures à l'avance. Le Congrès américain a déjà alloué 12,5 milliards de dollars sur un budget total estimé à 32,5 milliards. L'enjeu est simple : remplacer des infrastructures vieillissantes — disquettes et bandes papier comprises — par un outil de planification capable d'anticiper les perturbations avant que les avions ne soient déjà en l'air.

Les trois candidats

Trois entreprises se disputent le contrat principal, selon The Air Current : Palantir, spécialiste américain de l'analyse de données pour la défense ; Air Space Intelligence (ASI), une start-up dont la plateforme Flyways couvre déjà 40 % du trafic aérien américain via Alaska Airlines depuis 2021 ; et Thales SA, groupe français au cœur de l'écosystème ATM mondial depuis plus de 85 ans.

Pour Thales, ce contrat représente un levier stratégique aux États-Unis, en complément de son rôle central dans le programme européen SESAR — l'équivalent continental de SMART, doté de 350 millions d'euros. Le groupe entretient également des partenariats étroits avec Airbus et GE Aerospace, ce qui renforce sa crédibilité dans ce type de projet. Palantir dispose toutefois d'un avantage structurel : la FAA lui a accordé début avril une justification de marché à source unique pour un contrat distinct de modernisation des données, rapporte The Next Web.

Prévoir, pas décider

SMART n'a pas vocation à remplacer les contrôleurs aériens. Le système est conçu comme un outil de pré-planification : il peut, par exemple, suggérer de décaler le départ d'un vol de cinq minutes une semaine à l'avance pour éviter une saturation prévisible dans un secteur donné. La décision finale reste humaine — point sur lequel insiste le syndicat américain des contrôleurs (NATCA), favorable au principe mais attentif à la frontière entre recommandation et automatisation.

Un calendrier serré, un précédent inquiétant

La FAA vise un déploiement opérationnel d'ici fin 2026. Ce calendrier paraît ambitieux : le programme NextGen, précédente tentative de modernisation, a coûté 36 milliards de dollars sur vingt ans pour ne livrer que 16 % des bénéfices annoncés. Les experts tempèrent les ambitions affichées, suggérant que 2026 pourrait marquer une démonstration plutôt qu'un déploiement complet.

La question de la fiabilité reste aussi centrale. Les modèles prédictifs peuvent produire des erreurs — des sorties incorrectes présentées comme fiables. Dans un environnement où une erreur de quelques minutes peut avoir des conséquences graves, ces limites techniques alimentent un scepticisme légitime. En Europe, le cadre réglementaire de l'IA Act classe les systèmes de contrôle du trafic aérien comme applications à haut risque, soumises à des obligations de transparence et d'auditabilité que le cadre américain n'impose pas encore.