Découplag technologique avec la Chine : la facture dépasse 400 milliards de dollars pour l'UE
L'Union européenne envisage d'exclure les équipementiers chinois — Huawei et ZTE en tête — de ses réseaux critiques au nom de la cybersécurité. Une étude réalisée par KPMG pour la chambre de commerce chinoise en Europe (CCCEU) évalue le coût de cette opération à 368 milliards d'euros (environ 433 milliards de dollars) sur la période 2026–2030. La France figurerait parmi les six pays les plus exposés, avec une facture estimée à 46 milliards d'euros.
Une étude à lire avec prudence
La provenance du rapport mérite d'être signalée d'emblée : la CCCEU est l'organe officiel de défense des intérêts commerciaux chinois en Europe, et KPMG a été mandaté dans ce cadre. Il s'agit donc d'une projection plaidoyer, et non d'une évaluation indépendante. selon The Next Web, des analystes indépendants soulignent que le chiffre constitue une estimation haute, conçue pour peser sur les négociations autour de la révision de l'Acte sur la cybersécurité (CSA2). La Commission européenne doit publier sa propre évaluation d'impact en 2026 — ce sera le vrai test de crédibilité.
Cela dit, même des sources indépendantes comme l'Institut d'études de sécurité de l'UE reconnaissent que les obstacles structurels au remplacement de ces équipements sont bien réels. Trouver des alternatives européennes, japonaises ou coréennes aux composants chinois dans des volumes suffisants reste un défi concret pour les opérateurs télécom et les gestionnaires de réseaux énergétiques.
La position française
Selon Global Banking and Finance, la France se situe dans le groupe des six États membres dont le coût de remplacement dépasserait 10 milliards d'euros, aux côtés de l'Allemagne (170,8 milliards, soit près de la moitié du total européen), de l'Italie, de l'Espagne, de la Pologne et des Pays-Bas. L'exposition française concerne surtout les infrastructures énergétiques — dont les systèmes logiciels d'EDF — davantage que les équipements télécom grand public.
La France aborde ce dossier avec un avantage relatif : elle se positionne depuis plusieurs années comme pionnière de la régulation numérique en Europe (DSA, DMA, AI Act). L'administration Macron présente la révision CSA2 comme une opportunité de renforcer la souveraineté numérique et de favoriser des acteurs comme Airbus Cybersecurity ou Thales. Selon CEPA, ce cadre de souveraineté distingue nettement Paris de Berlin, dont la dépendance industrielle envers Huawei est bien plus profonde.
Et ensuite ?
Le calendrier législatif du CSA2 reste flou — la réglementation pourrait être adoptée, assouplie ou retardée. Ce qui est certain, c'est que la pression de Pékin sur Bruxelles va s'intensifier : la CCCEU a déjà évoqué des mesures de rétorsion commerciales si l'UE maintient le cap. En attendant l'évaluation officielle de la Commission, on retiendra surtout que le coût politique du statu quo — laisser des équipements potentiellement vulnérables au cœur des réseaux européens — n'apparaît dans aucune colonne de ce bilan chiffré.