Des data-centers flottants alimentés par les vagues : Panthalassa lève 140 millions de dollars
Face à la demande explosive en puissance de calcul pour l'IA, une start-up américaine propose de déplacer les data-centers en plein océan. Panthalassa vient de lever 140 millions de dollars en Série B, un tour mené par Peter Thiel via son Founders Fund, portant le total des fonds levés à 210 millions de dollars depuis la fondation de l'entreprise en 2016. L'objectif : alimenter des serveurs flottants grâce à l'énergie des vagues, loin de toute contrainte terrestre.
Le concept
Les grandes sphères conçues par Panthalassa oscillent avec les vagues et convertissent ce mouvement en électricité. Les serveurs sont installés à l'intérieur même de ces structures, refroidis directement par l'eau de mer — une alternative bien plus efficace que les systèmes à air classiques, qui peinent à suivre la chaleur dégagée par les puces IA modernes. La connexion avec le reste du monde passe par des satellites en orbite basse, ce qui rend les plateformes totalement indépendantes des réseaux terrestres.
La start-up n'en est pas à ses débuts : elle a déjà testé plusieurs générations de prototypes — Ocean-1, Ocean-2 et Wavehopper — en 2021 et 2024. Le déploiement pilote de la série Ocean-3 est prévu pour 2026, avec un lancement commercial ciblé en 2027. L'équipe compte aujourd'hui 120 personnes et dispose d'une unité de fabrication dans l'Oregon.
L'angle français
En France, l'électricité reste relativement abondante grâce au parc nucléaire (environ 70 % de la production), mais les contraintes de refroidissement se font sentir dans certaines régions — les data-centers installés près de la Loire ou du Rhône dépendent de prélèvements d'eau encadrés strictement. Le modèle offshore de Panthalassa contourne ces limites, mais soulève d'autres questions : un déploiement en Atlantique ou en Méditerranée impliquerait des négociations complexes avec les pêcheurs, les gestionnaires de zones marines protégées et les autorités maritimes.
La question de la souveraineté des données reste entière. Des acteurs comme OVHcloud ou Mistral AI misent sur des infrastructures situées en France pour répondre aux exigences de la CNIL et du cadre européen. Une plateforme contrôlée par du capital-risque américain, opérant au large, cadre mal avec cette logique — selon ImpactAlpha, les investisseurs présentent pourtant le projet comme un modèle de transition énergétique applicable à l'échelle mondiale.
La prochaine étape
Peter Thiel résume l'ambition ainsi : « L'avenir nécessitera plus de puissance de calcul que nous ne pouvons l'imaginer. Les solutions extra-terrestres ne relèvent plus de la science-fiction. » Une formule qui fait écho à la valorisation de plus d'un milliard de dollars atteinte en mars par Starcloud, concurrent qui mise lui sur des data-centers en orbite spatiale.
Pour Panthalassa, précise GeekWire (May 2026), l'enjeu immédiat est de prouver que la technologie tient la route à grande échelle — latence satellite et coûts de maintenance en mer inclus. Les réponses viendront avec Ocean-3, d'ici la fin de l'année.