Un consortium britannico-américain veut construire un stellarator commercial d'ici 2034

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 10:53

Trois entreprises — l'américaine Type One Energy, la britannique Tokamak Energy et l'ingénierie mondiale AECOM — ont annoncé le 6 mai 2026 la création du UK Infinity Fusion Consortium. Leur objectif : concevoir et construire la première centrale à fusion thermonucléaire privée du Royaume-Uni. L'ambition n'est pas un laboratoire de recherche de plus, mais une unité commerciale capable d'alimenter le réseau électrique dès les années 2030.

Le stellarator, une voie différente de l'ITER

Le projet repose sur le stellarator Infinity Two, d'une puissance de 400 MW, qui devrait livrer environ 350 MWe au réseau. Un stellarator confine le plasma grâce à des bobines magnétiques à géométrie très complexe, sans avoir besoin de forts courants électriques internes comme dans un tokamak. Cette approche est potentiellement plus stable en continu, mais bien plus difficile à concevoir. Type One Energy affirme que les outils de simulation modernes permettent désormais de maîtriser cette complexité pour en faire un produit industriel.

La comparaison avec l'ITER s'impose : le grand chantier international situé à Cadarache, en France, défend précisément la voie tokamak. Le Wendelstein 7-X allemand a déjà démontré que les stellarators peuvent fonctionner de manière stable et continue — un argument que le consortium met en avant pour justifier son calendrier ambitieux. En France, seule Renaissance Fusion travaille sur les stellarators, mais la start-up en est encore à une phase de financement précoce, loin d'une commercialisation, selon Binding Energy.

Rôles, financement et ancrage américain

Chaque membre du consortium a une mission précise. Tokamak Energy — malgré son nom — fournit les aimants supraconducteurs à haute température (HTS), indispensables pour confiner le plasma. AECOM assure l'ingénierie et l'infrastructure industrielle. Type One Energy porte le design du réacteur.

Le projet s'appuie sur un précédent concret aux États-Unis : un stellarator Infinity Two est déjà prévu sur le site de Bull Run, dans le Tennessee, en partenariat avec l'opérateur électrique TVA. Une lettre d'intention a été signée en septembre 2025, avec un début de construction envisagé dès 2028 et une mise en service commerciale en 2034, selon le communiqué AECOM. Le projet britannique suit la même feuille de route.

Le gouvernement britannique a engagé 2,5 milliards de livres sterling pour soutenir le secteur de la fusion, en complément de son programme public STEP Fusion centré sur le tokamak sphérique. Le consortium entend s'appuyer sur la chaîne industrielle locale pour créer une filière privée parallèle.

Ce que ça signifie pour la France

La France héberge l'ITER mais n'est pas associée au UK Infinity Consortium. Aucune participation française n'est confirmée à ce stade, note New Civil Engineer. Si le stellarator s'impose comme technologie commerciale avant que le tokamak ITER ne produise ses premiers résultats concluants, la stratégie française de fusion pourrait se retrouver en décalage avec l'industrie privée mondiale. Pour l'instant, les deux voies coexistent — mais la course s'accélère.