OpenAI fait des millionnaires : jusqu'à 30 M$ par employé sans passer par la Bourse

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:09

OpenAI vient de distribuer des millions à ses employés — sans introduction en Bourse. En octobre 2025, la société a bouclé une vente secondaire d'actions de 6,6 milliards de dollars, valorisant l'entreprise à 500 milliards de dollars. Plus de 600 salariés, actuels ou anciens, ont pu céder leurs titres. Pour le secteur de l'IA, c'est un signal fort : la guerre des talents se joue désormais avant même la cotation.

La mécanique de l'enrichissement

Chaque participant pouvait encaisser jusqu'à 30 millions de dollars — trois fois plus que le plafond précédent de 10 millions, relevé à l'automne 2025 pour retenir les chercheurs face aux offres de Meta et Google. Environ 75 employés ont utilisé ce plafond en totalité, selon le Wall Street Journal. La rémunération moyenne en actions atteignait 1,5 million de dollars par salarié en 2025 — un record absolu dans l'histoire des startups technologiques, selon les données compilées par Fortune et Equilar.

Ce modèle de liquidité pré-IPO n'a pas d'équivalent dans les précédents cycles technologiques. Ni la bulle internet, ni l'essor du mobile n'avaient permis à autant d'employés ordinaires de convertir des stock-options en liquidités réelles aussi tôt dans la vie d'une entreprise privée.

Ce que cela signifie pour l'écosystème français

Pour les acteurs français de l'IA, le constat est brutal. Des entreprises comme Mistral ou les divisions IA des grands groupes industriels ne disposent d'aucun mécanisme comparable pour offrir une liquidité immédiate à leurs ingénieurs. Les BSPCE — le principal outil français d'intéressement au capital — restent attractifs sur le papier, mais ils ne peuvent rivaliser avec 30 millions de dollars disponibles sans attendre une introduction en Bourse.

Meta et Google proposent par ailleurs des packages à neuf chiffres pour débaucher les profils clés d'OpenAI. Face à cette surenchère, les talents formés dans les laboratoires publics français ou dans des écoles d'ingénieurs comme CentraleSupélec ou l'École Polytechnique se retrouvent dans la ligne de mire directe des recruteurs américains.

La question de la durabilité

La rémunération en actions représente une part considérable du chiffre d'affaires d'OpenAI — environ 50 % selon les estimations. Ce niveau soulève des questions sur la pérennité du modèle économique à long terme. Pour l'instant, la demande pour les outils d'IA générative reste soutenue, mais la concentration de capital entre les mains d'un petit groupe de développeurs pose aussi des questions de régulation que la CNIL et les instances européennes commencent à peine à formuler.

Pour les chercheurs en IA basés en France, l'arbitrage devient chaque année plus difficile : rester dans un écosystème local en construction, ou rejoindre une entreprise américaine qui peut transformer des options en millions dès aujourd'hui.