Fenix Space veut lancer des fusées depuis des aéroports ordinaires dès 2028
La startup américaine Fenix Space vient de confirmer la viabilité de son concept de lancement spatial aérien, au moment précis où les États-Unis manquent cruellement de sites de lancement. Quatre tests de vol réussis en une semaine, et un objectif commercial fixé à 2028 : l'idée de décoller depuis n'importe quel aéroport civil commence à prendre forme.
Le problème des cosmodromes
Les États-Unis ont réalisé 194 lancements orbitaux en 2025, soit plus du double du rythme de 2022, selon le Washington Times. Pourtant, l'essentiel du trafic passe encore par deux cosmodromes construits dans les années 1960. Le chef de la NASA a lui-même qualifié cette infrastructure de « goulot d'étranglement pour la sécurité nationale ». Le Pentagone, lui, cherche des solutions de lancement rapide, plus flexibles et moins dépendantes de sites fixes.
En Europe, la situation est différente mais tout aussi contrainte. ArianeGroup a enchaîné quatre succès avec Ariane 6 en 2025, avec un doublement de cadence prévu en 2026, selon European Spaceflight. Mais l'accès au Centre Spatial Guyanais reste verrouillé par l'ESA pour les lanceurs gouvernementaux — aucun accès décentralisé n'est prévu pour des opérateurs privés indépendants.
Comment fonctionne le lancement remorqué
Le prototype Fenix Alpha fonctionne comme un planeur motorisé. Un avion tracteur le remorque jusqu'à environ 12 000 mètres d'altitude. À cette hauteur, l'appareil se sépare de façon autonome, allume ses propres moteurs et poursuit sa trajectoire vers l'orbite. L'avantage est concret : en démarrant en altitude, la fusée évite les couches denses de l'atmosphère, là où la résistance de l'air est la plus forte et la consommation de carburant la plus élevée.
Lors de la semaine de tests, le prototype a validé la séparation autonome et des manœuvres complexes. Toute l'avionique et les logiciels ont été développés en interne. Ces mêmes systèmes équiperont la future Fenix 1.0, le lanceur pleine échelle prévu pour les opérations commerciales.
L'horizon 2028
Le PDG Jason Lee mise sur l'utilisation de pistes existantes et d'actifs aéronautiques réutilisables pour réduire significativement le coût de chaque mission. L'objectif affiché : proposer des lancements « à la demande », sans attendre un créneau disponible sur une base de lancement saturée. Les premières missions cibleront les petits satellites en orbite basse et les essais hypersoniques.
En septembre 2025, la société a levé 30 millions de dollars auprès d'Alaska Capital pour accélérer son développement. Un déploiement commercial depuis des aéroports civils français resterait soumis à l'agrément de la DGAC et de l'EASA, un cadre réglementaire qui n'a pas encore été adapté à ce type d'opérations.
Si Fenix tient son calendrier, lancer un satellite pourrait devenir aussi simple — logistiquement, du moins — que de réserver un vol cargo.