Meta accusée de gagner des milliards grâce aux arnaques sur Facebook et Instagram

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 03:27

Santa Clara, en Californie, vient de déposer une plainte inédite contre Meta, accusant l'entreprise de monétiser délibérément des publicités frauduleuses sur Facebook et Instagram. Selon la plainte, Meta engrangerait environ 7 milliards de dollars par an grâce à ces annonces, et les utilisateurs américains y seraient exposés à raison de 15 milliards d'affichages quotidiens. C'est la première poursuite civile de ce type engagée par un procureur local aux États-Unis.

L'écosystème de fraude documenté

L'affaire s'appuie sur des documents internes à Meta, révélés par une enquête de Reuters l'an dernier. Ces documents montrent que l'entreprise aurait fixé des « garde-fous » internes interdisant à ses équipes de prendre des mesures anti-fraude dès lors qu'elles risquaient de dépasser 0,15 % d'impact sur les revenus publicitaires. Pire : Meta aurait facturé aux annonceurs frauduleux des tarifs premium pour diffuser des publicités pourtant signalées comme suspectes, plutôt que de les supprimer. Les personnes âgées sont les premières victimes : en Californie, les plus de 60 ans ont perdu plus de 800 millions de dollars en 2024 à cause d'arnaques en ligne.

Le comté de Santa Clara n'est pas seul. La Consumer Federation of America à Washington, l'État de Washington et les Îles Vierges américaines ont engagé des poursuites parallèles sur la base des mêmes documents internes, selon KQED. La plainte cite également le recours à l'intelligence artificielle par les fraudeurs pour générer des annonces à grande échelle et contourner les filtres de Meta via des techniques de dissimulation, comme le rapporte CBS SF.

Ce que ça change pour les utilisateurs en France

Ce dossier américain résonne directement en Europe. CheckFirst a documenté un réseau de plus de 1 500 publicités frauduleuses ayant touché 3 millions d'utilisateurs français en trois semaines. Ces campagnes utilisent des deepfakes de personnalités françaises et des clones de sites d'information reconnus — Le Monde ou France 24 — pour vendre de faux placements financiers.

Par ailleurs, un tribunal de Madrid a condamné Meta en novembre 2025 à payer 479 millions d'euros pour des violations du RGPD liées à sa publicité ciblée entre 2018 et 2023, rappelle le Madrid Ruling Nov 2025. Des procédures similaires sont en attente en France. Si la fraude publicitaire venait s'ajouter aux griefs RGPD déjà instruits, la responsabilité de Meta pourrait être engagée sur plusieurs fronts à la fois.

Meta affirme de son côté avoir supprimé plus de 159 millions d'annonces frauduleuses l'an dernier et coopérer avec les autorités. La plateforme dit vouloir contester la plainte de Santa Clara devant les tribunaux.

Faut-il s'inquiéter ?

Pour les utilisateurs, la prudence reste de mise : toute publicité promettant des rendements financiers rapides ou imitant l'apparence d'un média connu mérite d'être vérifiée avant tout clic. Les signalements via les outils de Meta existent, mais leur efficacité reste limitée tant que la modération n'est pas renforcée par une obligation légale contraignante.