Google et SpaceX veulent des centres de données en orbite dès 2027

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:17

Google et SpaceX sont en négociations actives pour construire des centres de données en orbite terrestre basse, selon le WSJ. Deux satellites prototypes sont prévus pour début 2027 dans le cadre du Project Suncatcher, développé en partenariat avec Planet Labs. L'enjeu : alimenter les modèles d'intelligence artificielle en énergie solaire abondante, loin des contraintes foncières et réglementaires terrestres.

Le projet

L'idée de base est simple : placer des serveurs là où le soleil brille en permanence et où personne ne se plaint du bruit des systèmes de refroidissement. Google a déjà fait passer ses puces TPU Trillium par des tests de radiation simulant les conditions de l'orbite basse — elles ont tenu. Les communications entre satellites nécessiteraient une bande passante de 10 Tbps, techniquement atteignable avec du matériel existant.

Le problème, c'est le prix. Mettre un kilogramme en orbite coûte aujourd'hui entre 1 500 et 2 900 dollars. Google table sur un seuil de rentabilité à 200 dollars le kilo d'ici 2035, à condition que Starship effectue 180 lancements par an. En attendant, selon Data Center Dynamics, un centre de données orbital coûte aujourd'hui trois fois plus cher qu'une installation terrestre équivalente.

La question de la souveraineté

Pour la France, ce projet soulève une question distincte. OVHcloud et Mistral AI investissent précisément dans des infrastructures européennes pour réduire la dépendance aux grandes plateformes américaines. Un cloud orbital opéré par Google et SpaceX renforce la concentration du pouvoir numérique côté américain, sans alternative européenne crédible en vue.

La juridiction applicable aux données traitées en orbite reste floue. La CNIL n'a pas de cadre explicite pour les satellites de traitement de données, et le règlement européen sur l'IA ne couvre pas ce cas de figure. Si les premiers prototypes volent en 2027, la régulation arrivera après les faits.

Du côté français de l'espace, ArianeGroup et le CNES n'ont pas réagi publiquement à cette initiative. L'absence de réponse stratégique est elle-même révélatrice.

La faisabilité en question

SpaceX prépare son introduction en bourse pour juin 2026 avec une valorisation cible de 1 750 milliards de dollars. Les centres de données orbitaux figurent en bonne place dans le récit adressé aux investisseurs. Mais SpaceX a elle-même averti dans son dossier d'introduction que cette infrastructure « pourrait ne jamais devenir commercialement viable ». La radiation, la gestion thermique, les débris spatiaux et la latence restent des défis non résolus à grande échelle.

Google a investi 900 millions de dollars dans SpaceX dès 2015. Les enjeux sont aujourd'hui sans commune mesure. Reste à savoir si 2027 verra des satellites de calcul en orbite — ou un calendrier repoussé, comme souvent dans ce secteur.