Ces robots japonais mènent 1 000 expériences médicales par jour, sans aucun humain

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:43

L'Institut des sciences de Tokyo a ouvert, mi-avril 2025, un centre de recherche médicale entièrement automatisé où dix robots humanoïdes Maholo LabDroid opèrent sans aucun personnel sur place. Chaque robot réalise jusqu'à 1 000 expériences par jour — dosage de réactifs, culture cellulaire, manipulation d'équipements réfrigérés — sans interruption et sans erreur liée à la fatigue. L'université prévoit de porter la flotte à 2 000 robots d'ici 2040, pour automatiser l'intégralité du cycle de recherche, de l'hypothèse à la vérification.

Le robot

Le Maholo LabDroid est un robot humanoïde de laboratoire à deux bras, conçu par le AIST (le principal institut public de recherche scientifique du Japon) en partenariat avec le fabricant industriel Yaskawa Electric. Présenté en 2017, il est déjà utilisé à l'hôpital de Kobe pour des recherches cliniques sur les cellules souches pluripotentes induites. Keichi Nakayama, directeur du Robotics Innovation Center, estime que ces robots peuvent accélérer la recherche de 10 à 100 fois par rapport aux laboratoires traditionnels. Le Japon détient 46 % du marché mondial des robots industriels (2023) et investit massivement dans l'automatisation des laboratoires, en partie pour compenser le vieillissement de sa population active.

La course avec les États-Unis

En mars 2025, la biotech américaine Insilico Medicine a déployé un humanoïde bipède baptisé « Supervisor » dans son laboratoire entièrement robotisé LifeStar1, opérationnel depuis décembre 2022. La société annonce un délai moyen de développement de médicaments réduit à 12-18 mois, contre 2,5 à 4 ans par la voie traditionnelle, en ne synthétisant que 60 à 200 molécules par programme. Elle dispose déjà de 10 médicaments ayant obtenu une autorisation IND de la FDA.

La divergence stratégique est nette : le Japon mise sur des humanoïdes universels capables d'effectuer des procédures variées sans reconfiguration, tandis que les États-Unis et la Chine privilégient des systèmes spécialisés en chaîne. Nakayama affirme que la polyvalence de Maholo constitue son avantage décisif.

Les questions ouvertes

L'automatisation totale permet de travailler 24 heures sur 24, de réduire les erreurs humaines et de pallier le manque de techniciens qualifiés — un enjeu réel dans de nombreux pays. Le Japon teste déjà l'IA pour l'analyse d'images cellulaires dans le dépistage du cancer, intégrée directement aux systèmes robotisés.

« L'IA peut formuler une hypothèse, la tester et rédiger un article sans intervention humaine », résume Nakayama. Mais la question de la responsabilité dans un laboratoire sans personnel reste entière — et les cadres réglementaires, en France comme ailleurs, n'y répondent pas encore clairement.