Amazon et son mystérieux smartphone : ni oui, ni non

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 20:38

Amazon travaille peut-être sur un nouveau smartphone, et le patron de ses appareils vient enfin de le reconnaître — à moitié. Panos Panay a accordé une rare interview au Financial Times dans laquelle il refuse catégoriquement de dire non, tout en évitant de dire oui. Pour les utilisateurs d'Alexa ou d'Amazon Prime, ce projet mérite d'être suivi de près.

La non-réponse de Panay

Interrogé directement sur l'existence d'un projet de smartphone, Panay a déclaré :

> « Ce n'est tout simplement pas notre objectif. Je sais qu'il y a beaucoup de rumeurs… Si je dis 'non' maintenant, je dirais que c'est juste. Mais je pense aussi que c'est trompeur. »

Cette esquive calculée confirme qu'Amazon développe quelque chose — sans préciser quoi exactement. Selon technology.org, le projet est baptisé « Transformer » et est piloté par J Allard, ancien cadre de Microsoft à qui l'on doit la Xbox — et le défunt lecteur musical Zune. Il opère au sein d'une unité interne appelée ZeroOne, avec Alexa Plus comme interface centrale.

Deux directions sont explorées en parallèle : un smartphone classique et un appareil minimaliste sans applications, inspiré du Light Phone. L'assistant Alexa+, basé sur l'IA générative et déployé depuis mars 2025, serait au cœur des deux options.

Qu'est-ce que ça change pour vous ?

Amazon n'est pas novice dans l'échec sur ce segment. Le Fire Phone, lancé en 2014, a été retiré au bout de quatorze mois et a entraîné une dépréciation de 170 millions de dollars. Son tort : un prix élevé, un écosystème d'applications inexistant, et une exclusivité opérateur qui a limité sa diffusion.

Transformer semble conçu pour corriger ces erreurs en misant sur l'écosystème Prime — musique, vidéo, achats — plutôt que sur un gadget matériel. Mais la stratégie soulève des questions concrètes pour le marché français. Le Fire Phone n'a jamais été commercialisé en France. Amazon.fr n'affiche aucune annonce, et aucun partenaire distributeur (Fnac, Boulanger) n'a été mentionné.

La CNIL sera attentive : un appareil conçu pour collecter des données d'achat et de géolocalisation via Alexa devra satisfaire au RGPD, un aspect que Panay n'a pas évoqué. L'intégration profonde à l'écosystème Amazon — fermé par nature — contraste avec la préférence croissante pour l'interopérabilité défendue par des acteurs comme Mistral AI ou OVHcloud.

Et maintenant ?

Aucune date de lancement n'a été communiquée. Le projet pourrait être abandonné, retardé ou transformé en autre chose. La prudence de Panay suggère qu'Amazon n'est pas encore prêt à s'engager — ni sur le produit, ni sur les marchés visés. À surveiller, sans s'emballer.