SpaceX sur le Nasdaq : Musk lève 75 milliards et garde tout le pouvoir
SpaceX devrait faire ses débuts sur le Nasdaq le 12 juin 2026, sous le symbole boursier SPCX. La société vise une levée de 75 milliards de dollars à une valorisation comprise entre 1 750 et 2 000 milliards — ce qui en ferait l'IPO la plus importante de l'histoire, loin devant les 29 milliards levés par Saudi Aramco en 2019. Pour les investisseurs français, l'accès passera principalement par des courtiers comme Degiro, Interactive Brokers ou BNP Paribas, mais l'allocation retail (30 %) favorisera d'abord les grands institutionnels.
La chronologie accélérée
Le calendrier initial prévoyait un lancement fin juin. La SEC a examiné le dossier plus vite que prévu, ce qui a avancé la date : publication du prospectus cette semaine, première cotation le 12 juin. SpaceX avait déposé son dossier confidentiel auprès de la SEC le 1er avril 2026. Le ticker SPCX s'apprête à dominer les écrans de cotation de l'été. Cette IPO ouvre aussi la voie à d'autres géants de l'IA comme Anthropic et OpenAI, qui observent de près la structure retenue par Musk.
Un gouvernement d'entreprise taillé sur mesure
Acheter des actions SPCX, c'est accepter une règle du jeu inhabituelle. Elon Musk conserve 78 à 79 % des droits de vote grâce à des actions de catégorie B à droit de vote multiple. Il ne peut être révoqué que par les détenteurs de ces mêmes actions de catégorie B — autrement dit, par lui-même et ses alliés. La structure s'appuie également sur une clause d'arbitrage obligatoire, le droit du Texas et des seuils élevés pour les propositions d'actionnaires, rendant toute contestation minority quasi impossible.
C'est une gouvernance sans précédent à cette échelle. Meta et Google étaient loin d'aller aussi loin lors de leurs propres introductions en bourse. Selon Globe and Mail, cette architecture protège SpaceX des batailles par procuration du type Tesla — affaire SolarCity ou votes sur la rémunération. En contrepartie, les actionnaires ordinaires n'ont aucune prise sur la stratégie.
Les enjeux pour le marché français
Starlink, qui compte déjà 9,2 millions d'abonnés et dépasse les 10 milliards de dollars de revenus annuels, entre en concurrence directe avec OVHcloud sur le segment du cloud orbital et avec les opérateurs télécom en zones rurales. La fusion de SpaceX avec xAI (réalisée en février 2026 pour environ 250 milliards de dollars en actions) crée une convergence satellites-IA qui intéresse — et inquiète — la CNIL et l'ARCEP. Les questions de souveraineté des données et d'attribution de spectre se posent avec acuité dès lors que la gouvernance de l'entreprise reste entièrement entre les mains d'un seul homme.
Mistral AI et Thales Group scrutent cette IPO comme référence de valorisation et de structure de contrôle pour leurs propres projets. Le modèle Musk pourrait influencer la prochaine génération d'introductions en bourse technologiques françaises — en bien ou en mal. Selon Fortune, l'appétit des investisseurs reste très fort malgré les restrictions imposées aux actionnaires, portés par la vision « multiplanétaire » de long terme. Reste à savoir si cet enthousiasme résistera au premier choc post-IPO, notamment lorsque le blocage des actions des employés expirera en décembre 2026.