La Chine lance le premier centre de données sous-marin alimenté par l'éolien offshore

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:03

La Chine vient de mettre en service commercial le premier centre de données sous-marin alimenté par l'éolien offshore, au large de Shanghai. L'installation abrite près de 2 000 serveurs à 35 mètres de profondeur, pour une puissance de 24 MW. Construite par le consortium HiCloud Technology avec China Telecom et l'énergéticien Shenergy, elle coûte 226 millions de dollars et tourne depuis mai 2026, selon Tom's Hardware.

L'idée

Le principe est simple : descendre les serveurs là où l'eau froide est abondante et gratuite. L'eau de mer assure le refroidissement passif, ce qui supprime totalement l'usage d'eau douce et réduit l'empreinte au sol de plus de 90 % par rapport à un datacenter traditionnel. Le PUE — l'indicateur d'efficacité énergétique d'un centre de données (1,0 étant le score parfait) — descend sous 1,15, contre une moyenne industrielle de 1,5. Résultat : une économie d'énergie de 22,8 % par rapport à une installation terrestre équivalente, selon Data Centre Magazine.

L'électricité provient d'un parc de plus de 200 turbines offshore directement connectées à l'installation, couvrant plus de 95 % des besoins. Ce couplage direct élimine les pertes de transport et soulage les réseaux urbains — un avantage non négligeable pour une métropole comme Shanghai.

Intérieur du centre de données sous-marin au large de Shanghai. Photo : CMG

Après Natick

Microsoft avait testé le même concept avec son Project Natick entre 2013 et 2024 : les taux de panne étaient plus bas sous l'eau, mais le projet a été abandonné pour des raisons économiques et de maintenance. La Chine franchit le pas commercial que les industriels occidentaux ont évité. HiCloud et ses partenaires d'État visent désormais 500 MW de capacité sous-marine à terme, indique Data Center Dynamics.

Les défis restent réels : la corrosion par l'eau salée exige des alliages spéciaux, la pression à 35 mètres complique les interventions, et chaque module doit fonctionner de manière autonome pendant plusieurs années sans maintenance physique.

Et en France ?

OVHcloud et Mistral AI construisent la souveraineté numérique française sur des infrastructures terrestres. Pourtant, des façades comme Le Havre, Dunkerque ou Marseille cumulent proximité portuaire et potentiel éolien offshore inexploité pour le numérique. L'ARCEP et la CNIL ne se sont pas encore penchées sur un modèle offshore. La question de la consommation d'eau douce pour le refroidissement des datacenters est pourtant déjà dans le viseur des régulateurs. Un modèle salin, couplé aux futures zones éoliennes en mer, pourrait offrir une piste concrète — à condition que Paris daigne regarder ce qui se passe sous la surface.