SpaceX veut assembler 10 Starship d'ici fin 2026 — et ça change tout
SpaceX bascule officiellement de la phase prototype à la production industrielle avec Starship. Elon Musk a annoncé que la chaîne d'assemblage de Starbase prévoit de livrer environ dix vaisseaux Starship et cinq boosters Super Heavy d'ici la fin de l'année. La prochaine étape concrète : un vol test le 21 mai, premier exemplaire de la variante V3 équipée des nouveaux moteurs Raptor 3.
La plus grande fusée du monde, et elle continue de grandir
Starship mesure aujourd'hui 124,4 mètres de haut avec son booster, et peut emporter jusqu'à 100 tonnes en orbite basse. Musk évoque une croissance supplémentaire de 15 à 20 % à terme, pour augmenter encore la capacité d'emport. L'ambition déclarée de SpaceX repose sur trois piliers : déployer les satellites Starlink de prochaine génération (40 à 60 par vol), transporter des astronautes sur la Lune dans le cadre du programme Artemis de la NASA d'ici 2028, et préparer à long terme des missions vers Mars.
Ce qui distingue Starship de tous ses concurrents — y compris Ariane 6, dont le CNES prévoit plusieurs lancements au second semestre 2026 — c'est la réutilisabilité complète. Le lanceur européen reste un outil fiable, mais il ne peut pas itérer au même rythme ni à des coûts comparables.
Un calendrier qui sert aussi Wall Street
Le vol du 21 mai n'est pas seulement un test technique. SpaceX cible une introduction en Bourse début juin, à une valorisation estimée à 1 750 milliards de dollars selon Reuters. Chaque succès en vol renforce la crédibilité du dossier auprès des investisseurs ; un échec majeur pourrait décaler le calendrier et peser sur les attentes de valorisation.
Musk a également précisé sa philosophie de test : perdre un prototype n'est pas un drame. Le seul scénario vraiment coûteux serait la destruction de la table de lancement, infrastructure dont la reconstruction prendrait des mois. Sur le site officiel de SpaceX, l'infrastructure au sol est d'ailleurs décrite comme un défi d'ingénierie aussi complexe que la fusée elle-même.
Ce que ça signifie pour l'Europe
Pour la France et ses partenaires européens, l'accélération de SpaceX pose une question industrielle claire. Ariane 6 joue un rôle défensif sur les missions institutionnelles ; Starship vise le volume commercial à grande échelle. Les acteurs français du cloud et de l'intelligence artificielle — OVHcloud, Mistral — pourraient à terme bénéficier de coûts de lancement réduits pour les satellites en orbite basse, mais au prix d'une dépendance accrue à l'infrastructure américaine.
La régularité du programme Starship dépendra des prochains vols. Si le test du 21 mai confirme les améliorations apportées à la V3, la cadence de dix vaisseaux par an devient crédible — et le rapport de force dans le secteur spatial commercial s'en trouvera durablement modifié.