Meta pivote vers l'IA : 7 000 employés réaffectés, 8 000 postes supprimés

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:42

Meta vient d'annoncer le plus grand remaniement interne de son histoire récente : quelque 7 000 salariés sont réaffectés à des postes liés à l'intelligence artificielle, tandis que 8 000 autres emplois sont supprimés et 6 000 postes vacants définitivement fermés. Au total, près de 20 % des effectifs du groupe sont touchés. Pour les utilisateurs européens de Facebook, Instagram et WhatsApp, cette bascule vers l'IA va façonner les produits qu'ils utilisent chaque jour.

Le virage à 125 milliards

Selon un mémo interne de la directrice des ressources humaines Janelle Gale, révélé par Bloomberg, les salariés concernés rejoignent trois nouvelles divisions : Applied AI Engineering, Agent Transformation Accelerator et Central Analytics. L'objectif affiché est de concevoir des produits IA, des applications et des agents autonomes capables d'automatiser des tâches jusqu'ici réalisées par des humains. La structure est aussi aplatie : moins de niveaux hiérarchiques, des équipes plus réduites.

Mark Zuckerberg a fait de l'IA la priorité absolue de Meta. Le groupe prévoit d'y consacrer entre 125 et 145 milliards de dollars en dépenses d'infrastructure en 2026 — soit une hausse de 84 % par rapport aux 72 milliards déboursés en 2025, selon The Motley Fool. L'enjeu : rivaliser avec Google et OpenAI sur les grands modèles de langage, et rentabiliser cet investissement colossal via l'automatisation interne.

Ce que ça change en France

Cette concentration de moyens aux États-Unis n'est pas sans conséquence côté français. Mistral AI, fondée à Paris et principal concurrent européen sur les modèles de langage ouverts, joue dans une tout autre cour budgétaire. Si Meta mise sur des agents IA fermés et propriétaires, Mistral défend un modèle ouvert — deux philosophies qui s'affrontent directement pour attirer les mêmes ingénieurs et les mêmes clients.

La Commission européenne a déjà adressé à Meta des griefs formels en février 2026 concernant sa politique IA sur WhatsApp, un précédent qui montre que Bruxelles surveille de près chaque mouvement du groupe. La CNIL pourrait à son tour examiner les outils de surveillance interne des salariés — notamment un logiciel de pistage de souris qui a provoqué une pétition signée par plus de 1 000 employés, rapporte Republic World.

La question ouverte

Meta dispose des moyens de creuser l'écart avec les acteurs européens. Mais une réglementation IA plus stricte — l'AI Act européen impose des évaluations d'impact pour les systèmes à haut risque — pourrait alourdir les coûts de déploiement en Europe et ralentir certains projets. Pour l'instant, les suppressions de postes prennent effet le 20 mai 2026, et la nouvelle organisation est déjà en place.