Starlink vise la Lune : l'internet interplanétaire n'est plus de la science-fiction

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 12:43

SpaceX vient de confirmer que Starlink prépare une expansion au-delà de l'atmosphère terrestre. Elon Musk a déclaré publiquement en février 2026 qu'une expansion « hors de la Terre » était imminente — une première sortie officielle après des mois de discussions discrètes avec la NASA. Concrètement, cela signifie des relais de communication autour de la Lune, dans un premier temps pour soutenir les missions habitées du programme Artemis.

La technologie

Le cœur du dispositif repose sur des liaisons laser entre satellites, sans passer par des stations au sol. Starlink exploite déjà plus de 9 000 de ces liens actifs en orbite terrestre, transmettant plus de 42 pétaoctets de données par jour avec une disponibilité supérieure à 99 %, selon Basenor (2024). Les lasers dans le vide se propagent plus vite que la lumière dans la fibre optique — un avantage décisif sur de grandes distances. En novembre 2024, SpaceX a également soumis à la NASA une proposition baptisée « Marslink », capable d'atteindre un débit de plus de 4 Mbps entre la Terre et Mars.

Ce que ça change concrètement

La distance Terre-Lune est d'environ 384 400 kilomètres. Le signal met plus de deux secondes aller-retour, même à la vitesse de la lumière. Oubliez les jeux en ligne, mais la transmission de données scientifiques et les appels vidéo restent tout à fait viables. La NASA a sélectionné Intuitive Machines pour la première démonstration de relais lunaire dans le cadre d'Artemis III, prévu fin 2027, selon NASA (2025). SpaceX concurrence désormais Nokia Bell Labs, qui pousse un standard 4G/5G lunaire via le consortium 3GPP.

La souveraineté en question

Pour la France, l'enjeu dépasse la curiosité technologique. Les données scientifiques des futures missions lunaires européennes transiteront vraisemblablement par l'infrastructure de SpaceX, faute d'alternative. L'ARCEP et la CNIL ne disposent d'aucun cadre réglementaire pour les communications en orbite lunaire — ni sur le chiffrement, ni sur la résidence des données, ni sur l'interception légale. OVHcloud investit dans le cloud terrestre ; aucun acteur français ne figure dans les chaînes d'approvisionnement cislunaires. Nokia est présent en tant qu'acteur européen dans les discussions Artemis — la France, elle, reste absente des choix technologiques structurants.

La suite

Starlink a généré environ 8,2 milliards de dollars de revenus en 2024. L'expansion spatiale n'est pas un projet de recherche fondamentale : Musk la présente ouvertement comme un futur levier de croissance, avec des abonnés potentiels dans les bases lunaires puis martiennes. La fenêtre d'Artemis III, à dix-huit mois, constitue la première échéance commerciale réelle. Après, les règles du jeu spatial seront beaucoup plus difficiles à réécrire.