Comment les entreprises de Musk soutiennent Tesla à coup de milliards

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:57

Depuis 2023, les entreprises de l'écosystème Elon Musk — SpaceX et xAI — ont versé près de 890 millions de dollars à Tesla en achats directs. Ces transactions entre entités liées, révélées dans le dossier d'introduction en Bourse de SpaceX, soulèvent des questions sérieuses sur la santé réelle du constructeur automobile : sans ces commandes internes, les chiffres de vente auraient été bien plus sombres.

Les Cybertrucks comme flotte d'entreprise

En 2025 seulement, SpaceX a acheté pour 131 millions de dollars de Cybertrucks, soit environ 1 279 véhicules rien qu'au quatrième trimestre — ce qui représente 18 % des ventes trimestrielles du modèle. The Boring Company, Neuralink et xAI ont également participé à ces acquisitions groupées. En clair, une part significative des ventes du pick-up anguleux est absorbée par des structures dont Musk est également à la tête.

Ce n'est pas anodin : les ventes grand public du Cybertruck se sont effondrées. En 2024, Tesla en avait écoulé près de 39 000 unités. En 2025, ce chiffre est tombé à un peu plus de 20 000, soit une baisse de 48 % en un an. Sans l'intervention de SpaceX, la courbe aurait été encore plus prononcée.

Le Cybertruck, devenu véhicule de fonction pour l'empire Musk. Illustration : IA

Megapacks pour l'IA, profits pour Tesla

Au-delà des véhicules, Tesla fournit à xAI ses batteries de stockage industrielles, les Megapacks, pour alimenter le supercalculateur Colossus à Memphis, aux États-Unis. Les achats sont passés de 191 millions de dollars en 2024 à 506 millions de dollars en 2025, selon les données issues du dossier SpaceX. Ces contrats ont permis au segment énergie de Tesla de progresser de 27 % en 2025, alors que le chiffre d'affaires automobile reculait de 10 %.

Ce système crée une dépendance circulaire : Tesla génère des revenus grâce aux besoins en infrastructure de ses sociétés sœurs, ce qui flatte les résultats sans refléter une demande externe réelle. Un analyste de Morningstar a qualifié ces dépenses internes de « quelque peu uniques » pour une entreprise cotée en Bourse, pointant l'opacité des prix pratiqués entre entités.

Ce que ça change (ou pas) en France

Ces transactions se déroulent exclusivement aux États-Unis. Le Cybertruck n'est pas commercialisé en France ni en Europe. Et le déploiement des Megapacks chez xAI échappe à toute réglementation française ou européenne. La part de marché de Tesla dans les véhicules électriques en Europe a par ailleurs chuté de 21,6 % à 14,5 % au premier semestre 2025, selon le proxy statement Tesla déposé à la SEC — un recul attribué en partie aux controverses politiques autour de Musk.

Pour l'instant, l'écosystème interne de Musk fonctionne comme une béquille : pratique pour les résultats trimestriels, mais qui ne dit rien de l'appétit réel du marché pour ses produits.