DARPA lance un robot réparateur de satellites en orbite géostationnaire dès l'été 2026
Le Pentagone s'apprête à envoyer un robot en orbite géostationnaire pour réparer des satellites en vol. Baptisée RSGS (Robotic Servicing of Geosynchronous Satellites), la mission de DARPA doit décoller à l'été 2026 à bord d'une fusée SpaceX, avec une démonstration opérationnelle attendue en 2027 après dix mois de transit. Des satellites valant plusieurs centaines de millions d'euros pourraient ainsi être sauvés plutôt que mis à la retraite prématurément.
Ce que fait concrètement le robot
Le vaisseau repose sur la plateforme Mission Extension Vehicle de Northrop Grumman, intégrée par sa filiale SpaceLogistics. Ce n'est pas un prototype sans antécédent : SpaceLogistics a déjà réussi à s'amarrer à deux satellites Intelsat en orbite géostationnaire réelle — MEV-1 en février 2020, MEV-2 en avril 2021. RSGS va plus loin en ajoutant deux bras robotiques à plusieurs axes, développés par le Naval Research Laboratory américain pour le compte de DARPA. Ces bras permettront la télédiagnostic, la correction d'orbite, le ravitaillement en carburant et même l'installation de nouveaux modules sur des satellites existants. NASA apporte son expertise technique au programme.
Le vaisseau RSGS embarque deux bras robotiques développés par le Naval Research Laboratory pour inspecter, ravitailler et modifier des satellites en orbite géostationnaire.
L'ambition affichée est de passer d'un modèle « lancer et oublier » à des satellites réparables et évolutifs, réduisant ainsi la production de débris spatiaux et le coût de remplacement d'infrastructures critiques de télécommunications et d'observation.
La France en retrait sur ce marché
Pour les opérateurs français, l'enjeu est direct. Eutelsat, dont le siège est à Paris, exploite une flotte importante de satellites géostationnaires. Or la France ne dispose pas d'une capacité souveraine de réparation en orbite comparable à ce que DARPA met en place, selon Fortune Business Insights. Airbus et le CNES participent à des programmes européens, notamment via l'ESA, mais la démonstration européenne EROSS portée par Thales Alenia Space n'est pas attendue avant 2028.
Le marché mondial du servicing orbital est estimé à 5 milliards de dollars d'ici 2030, avec une croissance annuelle de 11,5 %, d'après Telespazio. L'Amérique du Nord domine aujourd'hui près de 45 % de ce marché. La CNIL et l'ARCEP n'ont par ailleurs établi aucun cadre réglementaire clair pour encadrer les flux de données entre un satellite français et une équipe de maintenance américaine — une zone grise juridique que ni Washington ni Bruxelles n'ont encore résolue.
Et après ?
Si la démonstration de 2027 est concluante, DARPA prévoit d'ouvrir le service à des clients militaires et commerciaux, selon Breaking Defense. Pour les opérateurs européens, cela signifie une offre américaine disponible et opérationnelle bien avant toute alternative européenne. L'Europe dispose encore d'une fenêtre pour définir ses propres règles du jeu — à condition de ne pas attendre 2028.