Musk réclame 500 millions au Pentagone pour l'internet libre en Iran
SpaceX vient de présenter au Pentagone une proposition à 500 millions de dollars pour déployer son service Direct-to-Cell en Iran — et le département américain de la Défense n'a pas caché sa stupeur. Selon des documents internes examinés par Reuters, cette somme forfaitaire serait accompagnée de 100 millions de dollars par mois de frais d'exploitation. C'est la face la plus visible d'une tension croissante entre le Pentagone et la société d'Elon Musk sur le prix du satellite militaire.
La facture des drones
Le conflit a d'abord éclaté autour des drones-kamikazes LUCAS, utilisés par l'armée américaine en Iran via le réseau Starlink. SpaceX a exigé de faire passer le tarif mensuel de chaque terminal de 5 000 à 25 000 dollars — soit une multiplication par cinq. Argument avancé : ces appareils consomment autant de bande passante que des liaisons haut débit permanentes. Le Pentagone a jugé absurde de payer un forfait aéronautique premium pour un drone conçu pour se détruire en quelques heures. Il a quand même accepté, faute d'alternative crédible.
Direct-to-Cell : contourner les coupures iraniennes
Washington cherche à offrir aux Iraniens un accès internet indépendant des coupures imposées par Téhéran. Une première tentative d'acheminement de 6 000 terminaux Starlink classiques a échoué : les autorités iraniennes les ont rapidement confisqués et déployé des brouilleurs. La solution envisagée est désormais le Direct-to-Cell, une technologie qui permet à n'importe quel smartphone de se connecter directement aux satellites Starlink, sans antenne au sol. C'est là que SpaceX a soumis sa proposition à 500 millions d'euros, selon Reuters. Aucun accord final n'a été confirmé à ce stade.
Le monopole qui fixe ses prix
Cette situation illustre un problème structurel : Starlink détient environ 60 % des satellites en orbite, et aucun concurrent — ni OneWeb ni Amazon Kuiper — n'est en mesure de rivaliser à court terme. Comme le souligne The Next Web, la start-up suédoise TERASi se positionne comme une alternative « à l'abri des décisions d'un PDG milliardaire », mais reste loin derrière en déploiement. Le précédent de 2022 en Ukraine, où Musk avait restreint l'accès à Starlink malgré les besoins des forces alliées, continue de peser dans les esprits des responsables de la défense.
En parallèle, le Pentagone étudie l'achat de plus de 3 500 abonnements au réseau militaire Starshield, ce qui pourrait générer plusieurs centaines de millions de dollars supplémentaires par an pour SpaceX. La société vise une introduction en Bourse autour de 1 750 milliards de dollars de valorisation d'ici fin juin 2026 — les contrats de défense, qui représentent environ 20 % de ses revenus (11,4 milliards en 2025), prennent une valeur stratégique particulière à l'approche de cette échéance. Pour l'heure, ni SpaceX ni le Pentagone n'ont publié de déclaration officielle sur les tarifs négociés.