Meta surveille ses salariés pour entraîner l'IA — et licencie 8 000 personnes dans la foulée

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 08:13

Meta a installé un logiciel de surveillance sur les ordinateurs professionnels de ses salariés américains pour collecter des données d'entraînement destinées à ses modèles d'intelligence artificielle — et a annoncé simultanément 8 000 licenciements. Le programme, baptisé Model Capability Initiative (MCI), enregistre les frappes au clavier, les mouvements de souris, les clics et des captures d'écran en temps réel. Les employés en Europe, dont ceux basés en France, sont exemptés en vertu du RGPD, selon State of Surveillance (May 2026).

Ce que fait vraiment MCI

MCI ne se contente pas de mesurer la productivité. Meta capture la façon dont ses ingénieurs et managers naviguent entre des outils comme Google, LinkedIn, GitHub, Slack ou Wikipedia, afin de reproduire leurs raisonnements dans ses modèles d'IA. Mark Zuckerberg a défendu cette approche lors d'une réunion interne dont l'audio a fuité : ses salariés seraient bien plus qualifiés que des prestataires externes, ce qui justifierait l'utilisation de leurs données plutôt que du contenu labellisé par des sous-traitants. Le directeur technique Andrew Bosworth a confirmé qu'aucune option de refus n'était disponible sur les ordinateurs fournis par l'entreprise.

Plus de 1 000 employés ont signé une pétition interne contre le programme. Au Royaume-Uni, des salariés ont engagé une démarche formelle de syndicalisation avec le United Tech and Allied Workers — une première dans le secteur face à une surveillance de ce type, rapporte TechTimes (May 25, 2026).

Ce que ça change en France

Pour les salariés de Meta en France, l'exemption RGPD s'applique clairement : le droit européen interdit ce type de collecte sans consentement explicite. Mais l'enjeu ne s'arrête pas là. Les modèles d'IA entraînés sur les pratiques de travail américaines risquent de ne pas refléter les usages professionnels européens, créant un biais structurel dans les outils que Meta déploiera ensuite à l'échelle mondiale.

La CNIL n'a pas encore pris position sur MCI. Aucune action réglementaire française n'a été signalée à ce stade. Pourtant, si Meta venait à transférer ou utiliser ces données dans le cadre de services opérant sur des serveurs européens, la question de la conformité se poserait rapidement.

Licenciements et baisse de salaires

Les 8 000 suppressions de postes ont été notifiées le 20 mai 2026, exactement la même semaine que la fuite audio. La rémunération médiane des salariés de Meta est passée de 417 400 dollars en 2024 à 388 200 dollars en 2025, soit une baisse d'environ 29 000 dollars, à laquelle s'ajoutent des coupes supplémentaires sur les attributions d'actions. Meta prévoit de dépenser entre 125 et 145 milliards de dollars en infrastructures d'IA en 2026 — en partie financé par cette réduction de la masse salariale.

L'équation est directe : des salariés moins bien payés, formant des modèles qui pourraient les remplacer, sans possibilité de refuser.