Irán : fin d'un blackout internet historique de 88 jours, mais restauration très partielle

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 12:41

L'Iran a mis fin, le 26 mai, au plus long blackout internet jamais enregistré dans l'histoire moderne : 88 jours de coupure totale pour un pays de 90 millions d'habitants. NetBlocks a confirmé un retour à 86 % de connectivité après 2 093 heures d'isolement. La normalisation reste pourtant très incertaine : un tribunal administratif a suspendu l'ordre de restauration signé par le président Pezeshkian le jour même de son application, selon Euronews.

Ce qui s'est passé

La coupure a débuté le 8 janvier 2026, lors de manifestations massives contre la crise économique — l'inflation dépasse 42 % et la monnaie nationale s'est effondrée. Elle s'est aggravée le 28 février, après des frappes américano-israéliennes ayant tué le Guide suprême Khamenei, donnant au Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) un prétexte pour isoler totalement le pays. Le bilan humain de la répression est estimé entre 4 000 et 20 000 morts.

Le coût économique est considérable : le ministre des Communications a évoqué 35,7 millions de dollars de pertes quotidiennes, tandis que des analystes indépendants, cités par CircleID, estiment les pertes à 70–80 millions de dollars par jour en intégrant les coûts indirects. Les ventes en ligne ont chuté de 80 %, des milliers d'emplois ont disparu et de nombreuses startups numériques ont fermé. La diaspora iranienne, notamment en France, est restée coupée de ses proches pendant plus de quatre mois.

Une restauration à deux vitesses

Le retour de la connexion ne signifie pas un accès libre. WhatsApp et la plupart des applications étrangères restent bloqués. Les VPN sont bridés. Un programme baptisé « Internet Pro » réserve l'accès au réseau mondial aux entités liées au gouvernement et à l'IRGC — une logique de contrôle qui rappelle les débats européens sur la neutralité du net, mais poussée à l'extrême autoritaire.

La fracture politique est ouverte : Pezeshkian avait fait campagne sur la promesse d'un « internet libre », mais c'est sous sa présidence que le blackout a eu lieu. Les factions réformistes s'opposent au modèle d'« Internet Tabaghati » (internet à niveaux) porté par l'IRGC, sans pour l'instant l'emporter.

Et maintenant ?

L'examen judiciaire de l'ordre présidentiel de restauration est en cours. Tant qu'il n'est pas tranché, l'accès à un internet non censuré reste suspendu à un bras de fer institutionnel. Pour les Iraniens ordinaires, les réseaux mobiles et l'internet domestique fonctionnent à nouveau — mais dans les limites du « Filternet », le système de censure national toujours actif.