« IA psychose » : pourquoi les PDG de la Silicon Valley licencient à tour de bras

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:08

Plus de 115 000 salariés du secteur tech ont perdu leur poste aux États-Unis au cours des cinq premiers mois de 2026, selon les données de Layoffs.fyi citées par TechCrunch. Ce chiffre se rapproche déjà des 124 000 suppressions enregistrées sur toute l'année 2025. La raison officiellement avancée : l'intelligence artificielle peut désormais faire le travail à leur place. Le problème, c'est que la science dit autre chose.

La démo, pas la réalité

Aaron Levie, PDG de la plateforme cloud Box, a donné un nom à ce phénomène : « IA psychose ». Son diagnostic : beaucoup de dirigeants sont sous l'emprise d'illusions, convaincus par des démonstrations soignées que les systèmes actuels sont prêts à remplacer des équipes entières. Ces PDG voient la génération de texte, la rédaction rapide de contrats ou de prototypes — et concluent à une automatisation complète des processus complexes. Ce qu'ils ne voient pas, c'est le travail quotidien de vérification, de correction d'erreurs et de relecture que les outils d'IA génèrent en retour.

ClickUp, outil de gestion de projet, illustre bien cette tendance. Son PDG Zeb Evans a annoncé le licenciement de 22 % des effectifs après le déploiement de quelque 3 000 agents IA en interne, selon TheNextWeb. Le ratio : trois agents pour un employé humain. Evans présente cette restructuration comme une nécessité structurelle, pas une réduction de coûts. L'entreprise promet un impact « 100x » — chiffre non vérifié par un audit indépendant.

Ce que la recherche indique vraiment

Les données scientifiques tempèrent cet enthousiasme. Des chercheurs du MIT ont testé 41 modèles d'IA sur 11 000 tâches professionnelles issues du référentiel du département américain du Travail. Conclusion : les modèles actuels n'atteignent un niveau acceptable que sur la moitié de ces tâches. D'après leur projection, citée par Axios, une compétence de 80 à 95 % ne serait atteinte qu'en 2029 — et encore, sur des tâches principalement textuelles.

Un sondage Gartner révèle par ailleurs que 80 % des entreprises ayant recouru à des technologies autonomes ont réduit leurs effectifs, sans pour autant enregistrer de retour financier significatif. Pire : la Harvard Business Review note que lorsque l'IA génère dix fois plus de documents et de décisions, ce sont les managers qui deviennent le goulot d'étranglement — obligés de tout valider, créant un chaos managérial plutôt qu'un gain de productivité.

La voie française

En France, aucune annonce comparable n'a été faite par Renault, Stellantis ou les éditeurs de logiciels nationaux. Des acteurs comme Mistral AI ou OVHcloud se positionnent sur la qualité et la fiabilité de leurs systèmes, pas sur des suppressions d'effectifs massives. La CNIL impose des audits stricts sur les usages de l'IA, et les syndicats — CGT et CFDT en tête — suivent de près les tentatives de substitution depuis 2024. Dans ce contexte, la « IA psychose » venue de Californie risque de se heurter à un mur réglementaire et social bien différent de celui de la Silicon Valley.