Terafab : l'usine à puces de Musk qui veut inonder l'espace et les routes de silicium

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 09:35

Annoncée le 21 mars 2026, Terafab est une usine de semiconducteurs commune à Tesla, SpaceX et xAI, implantée à Austin (Texas), avec un investissement initial estimé à 55 milliards de dollars — et jusqu'à 119 milliards sur l'ensemble des phases. L'objectif affiché : produire entre 100 et 200 milliards de puces spécialisées par an à pleine capacité. C'est environ cinquante fois la puissance de calcul IA actuellement déployée dans le monde entier.

Ce que Terafab fabrique — et pour qui

La répartition de la production illustre les vraies ambitions du projet. Environ 80 % des puces seront des composants durcis aux radiations, baptisés D3, destinés aux centres de données orbitaux de SpaceX : des serveurs en orbite alimentés par l'énergie solaire. Les 20 % restants — les puces AI5 et AI6 — sont prévus pour les systèmes de conduite autonome Tesla (FSD), les robotaxis Cybercab et les robots humanoïdes Optimus.

Les premières petites séries de puces AI5 sont attendues fin 2026, avec une montée en volume ciblée en 2027, selon Wikipedia: Terafab. Intel a rejoint le projet le 7 avril 2026 en tant que partenaire de fabrication, apportant son procédé 18A. Mais le rendement de ce nœud tourne actuellement autour de 65 %, ce qui fait douter plusieurs analystes de Wall Street sur la tenue du calendrier. Morgan Stanley, selon Electrek, ne table pas sur une production significative avant 2028-2030.

Ce que cela change — ou pas — pour la France

La logique de Terafab est celle d'un circuit fermé : conception, lithographie, fabrication, mémoire, packaging et tests sous un même toit, exclusivement au service de Tesla, SpaceX et xAI. Aucune stratégie de distribution externe n'a été annoncée.

Pour l'écosystème français, cela signifie concrètement que Mistral AI et OVHcloud — positionnés comme alternatives européennes aux plateformes américaines — resteront dépendants de TSMC ou Samsung pour leur approvisionnement en silicium. Terafab ne leur ouvre aucune porte.

Côté spatial, les puces D3 étant exclusivement destinées à la constellation SpaceX, le CNES et Airbus Defence pourraient se retrouver face à un risque de dépendance fournisseur si SpaceX s'impose comme partenaire de lancement dominant et que Terafab devient la source unique de processeurs durcis pour l'orbite.

Un pari industriel à très long terme

La verticalisation totale de Terafab permet en théorie des itérations rapides sur l'architecture des puces — un avantage que les fonderies externes comme TSMC ne peuvent pas offrir. Mais l'ampleur des promesses rappelle d'autres annonces de la sphère Musk où les délais ont systématiquement glissé. Si le calendrier tient, la pénurie de capacité de calcul IA pourrait appartenir au passé d'ici 2028. Si Intel 18A n'est pas au rendez-vous, l'ensemble de la rampe de production est compromise.

Pour l'instant, Terafab reste un projet américain, piloté par un acteur américain, pour des usages américains — et spatiaux.