La NASA teste une station de recyclage des déchets pour ses futures bases lunaires

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 19:01

Envoyer de l'eau et de la nourriture depuis la Terre vers la Lune coûte environ 1 500 dollars le kilogramme en orbite basse : autant dire que ravitailler une base lunaire de façon continue est financièrement insoutenable. La NASA teste donc depuis peu une installation compacte capable de recycler les déchets humains en ressources utilisables directement sur place. Le projet, baptisé Divergent Deployable Wastewater Treatment Facility, est au cœur du programme Artemis, qui vise une présence humaine durable sur la Lune.

L'installation

L'unité est logée dans une remorque mobile de 2,6 mètres sur 7,3 mètres, actuellement en cours d'évaluation à l'Université du Dakota du Nord, dans un habitat simulant les conditions lunaires et martiennes (ILMAH). À l'intérieur, trois bioréacteurs traitent séparément les flux de déchets — matières fécales, urine et eaux usées de douche ou de lessive — pour des équipages de 4 à 8 personnes. S'y ajoutent une ferme hydroponique verticale, des systèmes d'affinage de l'eau et un pilotage entièrement automatisé.

Cette séparation des flux est une différence majeure par rapport aux stations d'épuration terrestres : elle permet d'extraire les nutriments plus efficacement, selon NASA Artemis sustainable systems.

Des déchets au plastique biodégradable

Le premier réacteur traite les matières solides et les déchets alimentaires, produisant un engrais liquide directement acheminé vers la ferme hydroponique. Les deux autres récupèrent l'eau contenue dans l'urine et les eaux grises pour la remettre en circuit de consommation.

Plus inattendu : les chercheurs étudient comment certains micro-organismes transforment les déchets en acide lactique, lui-même converti en acide polylactique — un bioplastique utilisable pour l'impression 3D de pièces de rechange ou d'éléments de construction. Ce qui était le petit-déjeuner d'un astronaute pourrait ainsi devenir, quelques jours plus tard, une pièce de remplacement pour la base.

La ferme hydroponique sert également de terrain d'expérimentation : les scientifiques comparent la vitesse de croissance des plantes fertilisées avec les produits de l'installation face à des engrais industriels classiques.

L'enjeu pour Artemis

La Station spatiale internationale recycle déjà environ 90 % de son eau. Les futures bases lunaires devront atteindre un niveau similaire dans un environnement encore plus contraint. Luke Roberson, responsable au Mars Campaign Office de la NASA, souligne que l'objectif est de créer un écosystème autonome où les astronautes n'attendent plus de livraison terrestre pour survivre.

Les résultats des tests au Dakota du Nord alimenteront les analogues d'isolement d'un an menés au Johnson Space Center, accélérant la maturité de la technologie avant les premières missions habitées longue durée.