Deux fusées Barracuda en une journée : le spaceport canadien passe à la vitesse supérieure

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:35

Le Spaceport Nova Scotia, situé à Canso au Canada, s'apprête à lancer deux fusées Barracuda le même jour. La fenêtre de tir est ouverte du 8 au 14 juin 2026, avec des créneaux quotidiens de quatre à cinq heures. Derrière cette campagne : T-Minus Engineering, une entreprise néerlandaise qui veut consolider sa plateforme hypersonique sur le marché nord-américain, après ses opérations en Suède, en Norvège et au Royaume-Uni.

La Barracuda en bref

La Barracuda est une fusée monoétage à propergol solide. Elle mesure environ 4 mètres de hauteur pour 200 mm de diamètre, et peut emporter jusqu'à 40 kg de charge utile vers une altitude revendiquée de 120 km. Ce gabarit modeste en fait un outil de recherche hypersonique accessible à l'industrie et aux laboratoires universitaires.

La fusée Barracuda présentée au symposium ESA PAC. Photo : T-Minus Engineering

En novembre 2025, un premier tir depuis Spaceport Nova Scotia n'a pas franchi la ligne de Kármán (100 km), malgré les 120 km annoncés dans les spécifications. Maritime Launch Services (MLS), l'opérateur du site, a qualifié la mission de « succès complet » pour la collecte de données opérationnelles — une formulation qui traduit surtout une gestion prudente des attentes. Les modifications apportées à la fusée depuis cet essai n'ont pas été divulguées par T-Minus.

Un exercice sans retombées commerciales

Cette campagne de juin n'est pas commerciale. Maritime Launch officiel confirme qu'aucun revenu n'est attendu : l'objectif est de roder les procédures de préparation et la coordination opérationnelle entre les équipes. Pas de diffusion en direct non plus — MLS ne publiera que des photos et vidéos sur ses réseaux sociaux après les tirs.

Le NOTAM (avis aux aviateurs) a déjà été émis par Transport Canada, ce qui confirme le sérieux de la démarche. Si les deux lancers se déroulent comme prévu, ce serait une première : aucun double tir en une journée n'a encore été réalisé depuis ce spaceport.

Le contexte européen

T-Minus est une société des Pays-Bas, sans partenaire français annoncé pour cette mission. Le contexte indirect reste néanmoins pertinent : dans un secteur où les États-Unis et la Chine investissent massivement dans les technologies hypersoniques, chaque démonstration réussie par un acteur occidental renforce la crédibilité de la filière. L'historique de T-Minus est par ailleurs débattu — son fondateur déclarait en avril 2025 n'avoir effectué « aucun lancement pour des applications civiles », tandis que MLS affirmait que la fusée avait volé « de nombreuses fois ». Selon Wikipedia overview, seul le tir de novembre 2025 est documenté avec certitude.

Pour le spaceport canadien, cette double tentative est aussi une façon de prouver sa capacité à accueillir des missions répétées — un prérequis pour attirer des clients commerciaux à partir de 2026.