Le X-59 de la NASA franchit le mur du son en silence
Le 5 juin 2026, le X-59 de la NASA a franchi le mur du son pour la première fois lors d'essais en vol à la base d'Edwards, en Californie. L'appareil a atteint Mach 1,077 — environ 1 147 km/h — à 13 200 mètres d'altitude, lors d'un vol de 81 minutes piloté par le pilote d'essai Jim Less. L'enjeu dépasse le simple record de vitesse : si les données recueillies convainquent les régulateurs, la voie pourrait s'ouvrir à une nouvelle génération d'avions commerciaux supersoniques.
L'héritage Concorde
Le Concorde, symbole franco-britannique, s'est heurté en 1973 à une interdiction américaine de voler en supersonique au-dessus des terres. La cause : le bang sonique, cette onde de choc perçue au sol comme une explosion, qui avait rendu le survol des zones habitées politiquement inacceptable. Résultat, l'avion n'a jamais exploité pleinement son potentiel commercial, limité aux traversées transatlantiques. Le X-59 a été conçu pour contourner ce problème.
Développé avec Lockheed Martin Skunk Works, l'appareil adopte une forme très allongée — avec un nez particulièrement effilé — et un positionnement spécifique des moteurs. L'objectif : décomposer les ondes de choc plutôt que les laisser fusionner en un seul bang. Le bruit perçu au sol ne devrait pas dépasser 75 EPNdB, soit 90 % plus faible que celui du Concorde. À titre de comparaison, cela ressemble davantage au claquement d'une portière de voiture qu'à une explosion.
Ce que cela change pour les vols transatlantiques
La prochaine étape est plus ambitieuse : atteindre Mach 1,4 (environ 1 730 km/h) à 16 800 mètres d'altitude. Une fois ces paramètres validés, le X-59 survolera des villes américaines sélectionnées pour mesurer les réactions des riverains. Ces données seront transmises à la FAA (l'autorité de l'aviation civile américaine) et aux régulateurs internationaux, dont l'ICAO, selon la déclaration officielle de la NASA.
La dimension politique est là : la Chambre des représentants américaine a adopté en mars 2026 le Supersonic Aviation Modernization Act, qui oblige la FAA à réviser l'interdiction dans les douze mois si les données de bruit le permettent. Un décret présidentiel de juin 2025 avait déjà fixé un délai de 180 jours pour engager cette révision.
Pour l'Europe, la situation est plus floue. L'EASA attend que l'ICAO établisse des normes modernes avant de se positionner — aucune règle spécifique aux avions supersoniques civils n'a été adoptée depuis 1975. Comme le note Simple Flying, la géopolitique réglementaire entre FAA et EASA pourra décider quelles routes supersoniques seront ouvertes en pratique. Si l'Europe reste sur sa position actuelle, les couloirs transatlantiques Paris-New York pourraient être les derniers à en bénéficier — au profit des liaisons américano-latinoaméricaines.