Fusion Power Barge : une péniche à réacteur de fusion promise pour 2032

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:29

Un consortium international a annoncé à la Posidonia 2026 le projet Fusion Power Barge (FusPoB) : une péniche de 71,4 mètres équipée d'un réacteur de fusion nucléaire, censée produire jusqu'à 20 MWe et atteindre le stade de prototype commercial d'ici 2032. Le transport maritime représente 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre tout en assurant 90 % du commerce mondial — la pression réglementaire est donc réelle. Reste à savoir si la technologie suivra.

Le contexte

Le projet rassemble l'American Bureau of Shipping (ABS), la startup israélienne nT-Tao, Siemens Energy, P&P; Marine Consultants et TEMISTh, spécialiste français des solutions thermiques. La participation de TEMISTh reste le seul ancrage français visible dans le consortium, mais le détail de sa contribution n'a pas encore été précisé.

L'Organisation maritime internationale (IMO) impose une réduction de 20 % des émissions d'ici 2030, de 70 % d'ici 2040 et la neutralité carbone en 2050. L'hydrogène et l'ammoniac sont souvent cités comme alternatives, mais leur stockage exige des volumes considérables et des infrastructures portuaires que la plupart des ports ne possèdent pas encore. La fusion nucléaire évite ces contraintes : pas de risque d'emballement, pas de déchets à longue durée de vie, et la réaction s'arrête d'elle-même en cas d'anomalie.

Ce que FusPoB propose

Le réacteur de nT-Tao — une technologie dite pulsed stellarator — est suffisamment compact pour tenir dans un module conteneurisé. À bord, deux générateurs à vapeur de 8 000 kWe fournissent l'essentiel de la puissance, complétés par un système de batteries de secours assurant six heures d'autonomie à huit nœuds. De quoi maintenir le cap si le réacteur doit être arrêté pour maintenance.

Le projet ne se limite pas à la propulsion. Ses concepteurs envisagent plusieurs usages : alimentation électrique de ports isolés, remorquage hauturier, dessalement d'eau de mer, ou encore fourniture d'énergie à des installations offshore.

Le défi réglementaire

L'obstacle le plus immédiat n'est pas technique : il n'existe aucun cadre de classification international pour un navire à réacteur de fusion commerciale, comme le souligne Ship & Bunker (2026). ABS doit écrire ces règles de toutes pièces — une tâche qui conditionnera l'accès de la péniche aux ports du monde entier, y compris Marseille, Le Havre ou Brest.

Pour l'heure, FusPoB est encore en phase d'étude de faisabilité. Aucun réacteur de fusion n'a jamais produit d'électricité nette positive pour un réseau commercial, comme le rappelle AutoNocion (2026). L'échéance de 2032 représente un prototype, pas une mise en service. La promesse est ambitieuse ; le chemin qui y mène, lui, reste entièrement à construire.