Nvidia sécurise la mémoire coréenne pour ses puces IA — et l'Europe regarde de loin

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 18:30

Jensen Huang a posé ses valises à Séoul début juin 2026 pour signer une série d'accords stratégiques avec quatre groupes coréens : SK Hynix, SK Telecom, Naver et Doosan. L'objectif est clair — garantir à Nvidia un accès prioritaire à la mémoire HBM (mémoire à haute bande passante), composant indispensable à ses processeurs graphiques pour l'IA, alors que la pénurie mondiale de ce type de mémoire devrait persister jusqu'en 2028 ou 2029.

La mémoire, nerf de la guerre IA

La HBM n'est produite que par trois fabricants dans le monde : SK Hynix, Samsung et Micron. La demande progresse de 80 à 100 % par an, tandis que l'offre ne croît qu'à un rythme de 50 à 60 %. Résultat : les allocations sont disputées pied à pied entre les géants américains du cloud — Meta, Google, Amazon, Microsoft — et les constructeurs de puces. Nvidia, qui achète déjà selon RTE « des milliards de dollars » de produits SK Hynix chaque année, vient de verrouiller ses volumes futurs par contrat pluriannuel. Samsung, pourtant numéro deux mondial de la HBM, est absent de ce partenariat — signal que Nvidia mise sur SK Hynix comme fournisseur exclusif pour ses accélérateurs haut de gamme.

La pénurie est structurelle. Selon TechTimes, le président de SK Hynix a lui-même reconnu que doubler les capacités de production ne suffirait pas à combler l'écart avant la fin de la décennie.

La Corée avance, l'Europe observe

Au-delà de la mémoire, les accords couvrent l'infrastructure. SK Telecom s'engage à construire un cloud IA à l'échelle du gigawatt sur la plateforme Nvidia DSX, avec une première usine IA prévue pour 2027. Naver et Doosan — ce dernier spécialisé dans les solutions énergétiques et les matériaux pour circuits imprimés — complètent l'écosystème. C'est une intégration verticale complète : mémoire, calcul, énergie, internet, comme le détaille SquaredTech.

La France n'a pas d'équivalent à proposer. OVHcloud, Scaleway ou Mistral AI doivent négocier leur accès à la HBM via Nvidia — pas via un accord bilatéral franco-coréen. L'ambition française d'un « cloud IA européen » souverain se heurte à une réalité simple : aucun fabricant européen ne produit de HBM, et l'EU Chips Act finance principalement la logique et la mémoire DRAM classique. Pendant ce temps, SK Telecom envisage d'étendre son modèle au Vietnam — sans partenaire européen en vue.

Ce que ça change concrètement

Pour l'instant, les prix des GPU grand public ne sont pas directement affectés. Mais à moyen terme, la capacité des opérateurs cloud français à proposer des services IA compétitifs dépendra en partie de la quantité de HBM que Nvidia acceptera de leur allouer. Les accords de Séoul renforcent la position de Nvidia comme intermédiaire incontournable entre les fabricants de mémoire asiatiques et les utilisateurs européens — entreprises comme particuliers.