Stoke Space franchit une étape clé avant le premier vol de sa fusée Nova

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 10:28

Stoke Space vient de boucler 46 tests de qualification structurelle sur le premier étage de sa fusée Nova, une étape concrète vers un premier vol prévu fin 2026. La startup de Kent, dans l'État de Washington, est menée par d'anciens ingénieurs de SpaceX et Blue Origin. Elle se positionne comme le seul concurrent américain à proposer une réutilisabilité complète des deux étages — un pari que même Ariane 6 n'a pas encore relevé.

Les essais

Les tests se sont déroulés sur le site de Moses Lake, en l'espace de trois semaines environ. Les équipes ont soumis le premier étage à des conditions sévères : mise en pression des réservoirs, fonctionnement de l'avionique par vents violents et activité orageuse. Le premier étage mesure 27,1 mètres de hauteur et embarque sept moteurs Zenith fonctionnant au méthane liquide et à l'oxygène liquide, pour une poussée totale de 3 110 kN. Ces moteurs ont déjà accumulé des heures de tests au banc, comme le détaille NASASpaceFlight.

Ce qui distingue Nova

Le vrai pari de Stoke Space repose sur le second étage. Il est équipé d'un bouclier thermique métallique à refroidissement actif intégrant 24 chambres de combustion — le moteur Andromeda 2 — alimenté à l'hydrogène liquide. Ce système élimine le besoin de tuiles thermiques, comme celles du Shuttle ou de Starship. Si on arrive à tenir cette promesse, les deux étages seront récupérables après chaque vol, selon les spécifications techniques publiées par la société.

Nova peut emporter jusqu'à 3 tonnes en orbite basse. C'est un créneau intermédiaire, au-dessus de Rocket Lab mais en dessous du Falcon 9, qui laisse peu de place aux lanceurs européens à coûts réduits. À ce jour, ni ArianeGroup, ni le CNES ne sont associés au programme Nova, et aucun accès commercial n'est annoncé pour des clients européens — les premiers contrats signés le sont avec l'US Space Force dans le cadre de son programme Orbital Services.

Le lancement

Le premier vol est ciblé pour fin 2026 depuis le pas de tir LC-14 de Cap Canaveral, un site historique réactivé en douze mois avec plus de 8 000 kg de béton recyclé de l'ère Mercury. Ce premier lancement sera expédié sans tentative de récupération du premier étage — la réutilisabilité complète viendra dans un second temps. Stoke Space a levé 1,34 milliard de dollars en Series D à ce jour, ce qui lui donne une visibilité financière jusqu'au vol inaugural.

La course à la réutilisabilité rapide s'accélère aux États-Unis. Pour l'Europe, la question de l'autonomie d'accès à l'orbite à coût compétitif reste entière.


Le second étage de la fusée Nova avec son bouclier thermique à refroidissement actif. Illustration : Stoke Space