Le boom de l'IA fait grimper les condensateurs japonais de 15 %
Un composant électronique que personne ne voit est sur le point de faire grimper le coût de l'informatique. Nichicon, deuxième fournisseur mondial de condensateurs électrolytiques en aluminium, annonce une hausse de prix de 10 à 15 % sur l'ensemble de sa gamme, effective dès juin 2026. La demande liée à l'infrastructure d'IA dépasse les capacités de production depuis septembre 2025, et les coûts de fabrication ne cessent d'augmenter.
La pression de l'IA sur les composants passifs
Un condensateur, c'est un composant de base présent dans pratiquement tout équipement électronique : serveurs, alimentations, systèmes industriels, véhicules électriques. Ce qui change, c'est l'ampleur de la consommation. Un rack de serveurs pour l'IA absorbe jusqu'à 440 000 composants passifs de type MLCC, contre 50 000 pour un serveur classique. Selon EE News Europe, cette explosion de la demande provoque une pénurie structurelle qui touche désormais toutes les catégories de composants passifs — céramiques, tantale, et maintenant aluminium.
Nichicon invoque plusieurs facteurs : pénurie de matières premières (aluminium, feuille d'aluminium), hausse des coûts de l'électricité et instabilité logistique. Les concurrents taïwanais devraient emboîter le pas avec leurs propres hausses en juin-juillet 2026, selon TrendForce.
Un impact atténué en France, mais réel
La France bénéficie d'un avantage structurel sur ce dossier. Le coût de l'électricité y est de 44,19 $/MWh, contre 88,97 $ en Allemagne, selon CNBC. Les data centers parisiens — ceux d'OVHcloud ou ceux qui hébergent les modèles de Mistral — restent compétitifs face à leurs homologues européens. La pression sur les coûts des composants y est donc moins aiguë qu'outre-Rhin.
Cela ne signifie pas que la France est épargnée. Les hausses de prix des condensateurs se répercuteront sur les équipements industriels, le matériel réseau et, à terme, les appareils grand public. Renault et Stellantis (Peugeot, Citroën), qui intègrent ces composants dans l'électronique de puissance de leurs véhicules électriques, subiront également cette pression sur leurs coûts de fabrication.
Ce qui se passe ensuite
Nippon Chemi-Con, le numéro un mondial du secteur, n'a pas encore annoncé de hausse équivalente à ce jour. Mais l'historique du marché — dont une amende européenne de 98 millions d'euros pour entente sur les prix en 2018 — suggère que les deux acteurs ont tendance à évoluer dans le même sens. Les délais de livraison pour les composants industriels devraient s'allonger dès le troisième trimestre 2026. Pour les acheteurs professionnels, passer à des contrats d'approvisionnement à long terme plutôt qu'aux commandes au fil de l'eau devient une nécessité pratique.