Swatch réclame 170 millions de dollars à Samsung pour des cadrans copiés

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 16:08

Swatch poursuit Samsung devant la justice britannique et réclame 170 millions de dollars de dommages et intérêts pour violation de marques. Le groupe suisse accuse Samsung d'avoir laissé des développeurs tiers distribuer sur le Galaxy Store des cadrans numériques imitant ceux d'Omega, Tissot, Breguet, Longines ou Blancpain. Avec 26 applications téléchargées quelque 160 000 fois en Europe et au Royaume-Uni, l'affaire est déjà décrite comme l'une des plus importantes de ce type outre-Manche.

Le dossier

La plainte a été déposée en 2019, avant le Brexit. La Haute Cour de Londres a reconnu la responsabilité de Samsung en 2022 — décision confirmée en appel. Le tribunal ne statue plus désormais que sur le montant de la réparation, et la conclusion des audiences est attendue dans les prochaines semaines.

Swatch calcule ses 170 millions de dollars sur la base de licences hypothétiques : ce que le groupe aurait pu facturer pour autoriser l'usage de dix de ses marques, en tenant compte de leur notoriété et de leur valeur commerciale. Samsung juge la demande extravagante. Selon Android Headlines, le géant coréen souligne n'avoir touché que 300 dollars de commissions sur ces applications — pour un chiffre d'affaires total de 1 000 dollars — et conteste l'écart colossal entre ses revenus réels et la somme réclamée.

Ce que ça change en France

Parce que la procédure a été engagée avant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, la décision du tribunal britannique s'appliquera à l'ensemble des 27 États membres, comme le confirme Reuters. La France est donc directement concernée : les quelque 160 000 téléchargements recensés dans l'espace UK/UE incluent les utilisateurs français du Galaxy Store, lui-même soumis au Digital Services Act.

Le contexte industriel ajoute une dimension stratégique. Swatch Group a vu son bénéfice net chuter de 88,6 % en 2025, rapporte FashionUnited. Le procès arrive donc à un moment critique pour le groupe. Par ailleurs, Tissot revendique explicitement de ne pas vouloir lancer de véritable montre connectée, estimant que les produits numériques grand public diluent le prestige de l'horlogerie traditionnelle — une posture que partagent plusieurs maisons françaises et européennes du luxe.

Un verdict élevé pourrait inciter des groupes comme LVMH ou Richemont à engager des procédures similaires si leurs cadrans iconiques se retrouvent copiés sur des plateformes de smartwatches. Une procédure parallèle contre la filiale américaine de Samsung est suspendue dans l'attente du jugement londonien, qui servira de référence pour fixer les dommages outre-Atlantique.