Des panneaux solaires entre les rails : la Suisse prouve que 11 000 trains n'en ont pas eu raison

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:46

Alors que les routes solaires françaises se sont désagrégées en moins de trois ans, une startup suisse vient de démontrer qu'on peut poser des panneaux photovoltaïques entre des rails de chemin de fer actifs — et les faire survivre au passage de plus de 11 000 trains. La SNCF a signé en février 2026 un accord de collaboration avec Sun-Ways pour accéder aux données techniques du pilote, selon SWI swissinfo.ch (juillet 2026). C'est un signal fort pour un réseau de 28 000 km qui cherche à atteindre 20 % d'énergie photovoltaïque d'ici 2030.

Le système

Sun-Ways installe ses panneaux directement entre les traverses, grâce à un train spécialisé conçu par Scheuchzer AG. La machine déroule jusqu'à 300 mètres de modules par heure — soit environ 500 panneaux par poste de travail. Chaque panneau mesure environ deux mètres et produit 380 W ; le tronçon pilote de 100 mètres à Buttes, en Suisse, regroupe 48 panneaux pour une capacité totale de 18 kW. L'électricité produite peut alimenter les stations, les terminaux et les systèmes de signalisation, voire être injectée dans le réseau général.

La clé du concept, c'est son caractère amovible. Chaque module de 6 mètres (trois panneaux) se déconnecte des rails et du réseau électrique en une dizaine de minutes, sans entraver la maintenance habituelle de la voie.

Pose des panneaux solaires entre les rails à l'aide du train spécialisé Scheuchzer. Illustration : Sun-Ways

Le contraste avec Wattway

La prudence s'impose : la France a déjà vécu ce type d'enthousiasme. Wattway, lancé en 2016 par Colas, avait coûté 5 millions d'euros pour une route solaire en Normandie. Résultat : les panneaux se sont décollés, la surface a généré des nuisances sonores, et l'installation n'a produit que la moitié de l'énergie attendue la première année, comme le documente Science Alert (août 2019). Le projet a été partiellement démoli dès 2018.

Sun-Ways tire sa différence du support lui-même : les rails sont une infrastructure stable, soumise à des charges et vibrations prévisibles, contrairement à une chaussée. Après trois ans de tests — la phase court jusqu'en avril 2028 — aucun panneau n'a été endommagé ni déplacé.

> « Nous avons atteint nos objectifs en matière de sécurité ferroviaire et de production d'électricité. Plus de 11 000 trains ont roulé sur les panneaux solaires, et l'installation a démontré sa stabilité totale. » > — Joseph Scuderi, fondateur de Sun-Ways

Et après ?

L'accord avec la SNCF porte sur l'accès aux données de production et les retours opérationnels, pas encore sur un déploiement commercial. Aucun calendrier ni tarif n'a été annoncé pour une extension sur le réseau français. Mais avec 28 000 km de voies et des contraintes foncières qui compliquent l'installation de parcs au sol — notamment en zones montagneuses —, l'espace entre les rails représente une surface difficile à ignorer.