Midjourney exige que Disney et Universal révèlent leur usage interne de l'IA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 02:47

Midjourney, poursuivi par les plus grands studios hollywoodiens pour violation de droits d'auteur, contre-attaque : la société demande à Disney, Universal et Warner Bros. de révéler en détail leur propre recours à l'IA générative. Un tribunal américain doit décider si cette demande est légitime — et la réponse pourrait redéfinir les règles du jeu dans tous les litiges impliquant l'IA.

Le fond de l'affaire

En juin 2025, Disney et Universal ont assigné Midjourney en justice, affirmant que son modèle est capable de générer des images de personnages protégés — Bart Simpson, Dark Vador — sans autorisation. Warner Bros. a déposé une plainte séparée en septembre 2025. Midjourney défend sa position en invoquant le principe américain du fair use : l'utilisation d'œuvres protégées à des fins d'entraînement constituerait, selon la société, un usage légalement permis.

Le désaccord porte désormais sur la procédure de discovery — l'échange obligatoire de documents entre parties avant un procès. En juin 2026, le juge magistrat Joel Richlin a limité les obligations des studios : ils n'ont à divulguer leur usage de l'IA générative que pour les productions destinées directement aux consommateurs. Midjourney a déposé le 4 juillet une requête pour faire annuler cette restriction, selon TechCrunch.

L'argument de Midjourney

La société estime que les documents exclus pourraient prouver que les studios utilisent eux-mêmes des outils d'IA pour des tâches internes — création de storyboards, développement de concepts pour films et séries. Si c'est le cas, leur argumentation sur le préjudice commercial s'affaiblirait considérablement. Midjourney réclame aussi l'accès à l'ensemble des prompts que les studios auraient soumis à son service, pas seulement ceux jugés litigieux par les plaignants.

Du côté des studios, l'avocat David Singer parle d'une manœuvre pour obtenir des documents sans lien direct avec le litige. Les studios affirment ne pas chercher à interdire l'IA ni à fermer Midjourney, mais simplement à mettre fin à l'utilisation non autorisée de leurs personnages.

Ce que ça change

La décision revient désormais au juge John Kronstadt, dont le verdict est attendu d'ici fin 2026. L'enjeu dépasse largement ce seul dossier : aux États-Unis, les tribunaux sont encore divisés sur la portée du fair use appliqué à l'entraînement des modèles d'IA. En Europe, le règlement sur l'IA impose depuis août 2025 aux modèles d'IA générale de publier des résumés de leurs données d'entraînement — une transparence que la procédure américaine tente, elle, d'obtenir par voie judiciaire. La CNIL a par ailleurs précisé en juin 2025 que l'entraînement sur des données protégées reste encadré, même sous l'intérêt légitime. Ce procès américain pourrait donc influencer les pratiques bien au-delà de Hollywood.