Apple engage 30 milliards de dollars avec Broadcom pour des puces made in USA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:34

Apple vient de signer l'un des plus grands contrats de son histoire industrielle : plus de 30 milliards de dollars versés à Broadcom d'ici 2031, selon Apple Newsroom. En échange, Broadcom s'engage à produire au moins 15 milliards de puces sur le sol américain. C'est le contrat le plus important jamais conclu dans le cadre du programme Apple Manufacturing, lancé en 2025 pour rapatrier la production aux États-Unis.

Les composants concernés

L'accord ne porte pas sur n'importe quelle puce. Broadcom fournit à Apple des filtres FBAR — des composants radiofréquence (RF) indispensables à la qualité des signaux 5G — ainsi que des modules Wi-Fi et Bluetooth. Pour honorer la commande, Broadcom va investir 1,5 milliard de dollars dans l'agrandissement de son usine de Fort Collins, dans le Colorado. C'est là que seront fabriqués ces éléments critiques pour chaque iPhone et iPad vendu dans le monde.

On pourrait croire qu'Apple, après le lancement de son propre modem C1 dans l'iPhone 16e début 2025, cherche à se passer de fournisseurs externes. Mais le modem ne gère que la connectivité cellulaire. Les filtres RF et les puces Wi-Fi/Bluetooth restent le domaine réservé de Broadcom, sans concurrent crédible à ce niveau de performance, comme le confirme Yahoo Finance.

Ce que ça change — et ce que ça ne change pas

Pour les consommateurs français, l'impact est indirect mais réel. Apple représente environ 20 % du chiffre d'affaires annuel de Broadcom : les deux entreprises sont liées par une dépendance mutuelle qui garantit la continuité de l'approvisionnement. Concrètement, les prochains iPhone bénéficieront de composants sans fil fabriqués aux États-Unis, à l'abri des droits de douane imposés sur les importations asiatiques.

La France, en revanche, n'a pas d'acteur capable de rivaliser sur ce créneau. Les filtres FBAR et les puces RF avancées restent une spécialité américaine — ni les initiatives européennes du Chips Act, ni les industriels hexagonaux ne disposent de capacité comparable à court terme. L'accord Apple-Broadcom creuse un peu plus l'écart technologique entre les États-Unis et l'Europe sur les semi-conducteurs sans fil.

La stratégie derrière le chèque

Ce contrat s'inscrit dans un plan d'investissement de 600 milliards de dollars sur quatre ans que Tim Cook a promis pour l'économie américaine. Broadcom rejoint Corning, GlobalFoundries et Texas Instruments dans ce cercle fermé de fournisseurs stratégiques. Pour Apple, l'équation est simple : ancrer la production RF aux États-Unis protège à la fois des tarifs douaniers et des aléas géopolitiques liés à l'Asie. Pour Broadcom, c'est la garantie d'un carnet de commandes rempli jusqu'au début des années 2030.