PlayStation abandonne les disques en 2028 : les chiffres contredisent Sony
Sony a confirmé début juillet 2026 qu'elle cessera de produire des jeux PlayStation en version physique à partir de janvier 2028. Le groupe justifie cette décision par la domination du numérique : les ventes dématérialisées représentent désormais plus de 95 % de ses revenus logiciels, le disque ne pesant plus que 3 % du chiffre d'affaires PlayStation en 2024. Mais les chiffres du marché racontent une histoire plus nuancée.
Le marché physique, encore vivant
En France, Assassin's Creed Shadows s'est hissé en tête des ventes physiques au premier semestre 2025, selon GfK Entertainment. La demande pour les éditions boîte reste donc bien réelle, notamment pour les grandes franchises. Fnac et Boulanger, partenaires historiques de PlayStation sur le marché français, n'ont pas encore publié de réaction officielle à l'annonce de Sony.
Au Royaume-Uni, l'association professionnelle ERA (Entertainment Retailers Association) a pris la parole sans détour. Sa directrice générale, Kim Bayley, a déclaré que les consommateurs choisissent le disque pour des raisons concrètes : le prêter à un proche, le revendre, le collectionner ou simplement en rester propriétaire réellement — ce qu'une licence numérique ne permet pas toujours. Elle ajoute que « l'abandon du disque n'est pas un progrès, c'est une restriction du choix », selon le communiqué ERA.
Les données britanniques illustrent l'enjeu : 45 % de tous les jeux physiques vendus au Royaume-Uni en 2025 étaient des titres PS4 ou PS5, pour un marché disque évalué à 300 millions de livres sterling. Un quart des moins de 25 ans continuent d'acheter des jeux en boîte, ce qui contredit l'idée que la jeune génération a totalement tourné le dos aux supports physiques.
La fin du marché de l'occasion ?
La disparition des éditions physiques aura un autre effet concret : l'effondrement progressif du marché de l'occasion. Revendeurs et particuliers ne pourront plus alimenter ce circuit dès lors que les nouveaux jeux ne seront plus disponibles en disque. Aux États-Unis, les dépenses en jeux physiques ont atteint 1,5 milliard de dollars en 2025 — leur niveau le plus bas depuis 1995 — et les chaînes spécialisées dans la revente dépendent directement du flux de disques neufs, selon Circana.
Le passage au tout-numérique soulève également une question de droits des consommateurs : acheter un jeu dématérialisé, c'est acquérir une licence qui peut être révoquée ou liée à un compte, et non un bien que l'on possède librement. Sony n'a pas annoncé de mesures pour compenser la perte d'accès aux titres achetés en cas de fermeture de service.
Faut-il s'inquiéter ?
Pour les joueurs qui achètent exclusivement en numérique, rien ne change à court terme. En revanche, ceux qui comptent sur les prix cassés de l'occasion, les éditions collector ou la revente de leurs jeux auront de moins en moins d'options à partir de 2028. La question de la conservation à long terme des œuvres vidéoludiques — un sujet sensible en France, où la politique culturelle valorise l'archivage — reste entière.