Un implant cérébral redonne force et sensibilité à un paralysé — une première mondiale

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 16:33

Keith Thomas, 45 ans, est tombé dans une piscine en juillet 2020 et s'est retrouvé tétraplégique après une lésion de la moelle épinière aux vertèbres C4–C5. En juillet 2026, les Feinstein Institutes ont publié dans Nature Medicine les résultats de son traitement : grâce à un système d'implants cérébraux inédit, il peut à nouveau saisir un verre, se gratter le nez et manipuler des objets fragiles — seul.

Le dispositif

Cinq microchips ont été implantés dans les zones motrices et sensorielles du cortex de Thomas lors d'une opération de quinze heures en mars 2023. Le système fonctionne en double sens : lorsque Thomas pense à bouger la main, un ordinateur lit ses intentions cérébrales en quelques millisecondes et envoie des impulsions aux muscles de l'avant-bras via des électrodes souples placées sur la peau. Dans l'autre sens, des capteurs de pression au bout des doigts transmettent les informations tactiles au cerveau, reconstituant ainsi la sensation du toucher.

Keith Thomas lors des essais cliniques. Photo : Feinstein Institutes for Medical Research

Ce « double contournement neural » court-circuite la moelle épinière endommagée sans la réparer — il la remplace fonctionnellement par une chaîne électronique. Après 35 semaines d'entraînement, la force du bras droit de Thomas a progressé de 86 %, celle du bras gauche de 62 %.

La découverte inattendue

Le résultat le plus marquant n'est pas musculaire. Les chercheurs ont constaté que l'utilisation prolongée du système a déclenché un phénomène de neuroplasticité : le cerveau et le système nerveux ont commencé à forger de nouveaux chemins pour transmettre les signaux, contournant spontanément la lésion. La sensibilité partielle du poignet droit de Thomas est revenue — et persiste même quand l'appareil est éteint. C'est la première preuve documentée que ce type de stimulation peut inverser, au moins partiellement, les effets d'une lésion médullaire complète.

Et en France ?

Aucun essai clinique français d'implant cérébral de ce type n'est répertorié dans les registres publics. Neuralink, Cortec (Freiburg) et les Feinstein Institutes opèrent tous exclusivement aux États-Unis ou en Allemagne. Le statut du dispositif Feinstein reste « investigationnel » — il n'a pas encore reçu d'approbation définitive de la FDA, et aucune procédure d'évaluation auprès de la HAS n'est engagée à ce stade.

Sur le plan réglementaire, la CNIL n'a pas encore publié de cadre spécifique pour les données neurales, pourtant classifiables comme biométrie avancée. La question du consentement et de la souveraineté sur ces données sera centrale avant toute diffusion en Europe. Pour l'heure, le cas Thomas prouve surtout que la frontière entre biologie et électronique peut être franchie — mais le chemin vers une disponibilité clinique large reste long.