SR-1 Freedom : la NASA envoie un réacteur nucléaire vers Mars en 2028

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 17:05

La NASA s'apprête à lancer le premier vaisseau spatial interplanétaire fonctionnant à l'énergie nucléaire. Baptisé SR-1 Freedom, l'engin doit quitter la Terre en décembre 2028 en direction de Mars, avec un budget annoncé de 2,1 milliards de dollars. Ce n'est pas une simple mission scientifique : c'est le point de départ d'une stratégie américaine visant à faire du nucléaire la colonne vertébrale de l'exploration spatiale profonde.

Le choix du nucléaire

Les panneaux solaires atteignent leurs limites dès qu'on s'éloigne du Soleil. Sur Mars, les tempêtes de poussière peuvent bloquer la lumière pendant des mois entiers, paralysant rovers et instruments. Le réacteur de SR-1 Freedom, alimenté par du combustible HALEU (uranium hautement enrichi), produira 20 kilowatts électriques en continu — suffisant pour faire fonctionner des équipements bien plus énergivores que tout ce qui a précédé. Le réacteur s'active en moins de 48 heures après l'arrivée en orbite martienne, selon la NASA.

Illustration du trajet conceptuel du vaisseau NASA Space Reactor-1 Freedom vers Mars. Illustration : NASA

Trois hélicoptères en héritage d'Ingenuity

À bord de SR-1 Freedom, trois hélicoptères robotisés de la mission SkyFall seront déployés sur le sol martien. Ils s'inspirent directement d'Ingenuity, le petit appareil qui a réalisé 72 vols entre 2021 et 2024 — alors qu'il n'en était prévu que cinq. Ces nouveaux drones seront plus robustes et capables de transporter davantage d'instruments scientifiques, notamment pour repérer de la glace souterraine et identifier des zones d'atterrissage inaccessibles aux rovers à roues.

Le budget et l'enjeu géopolitique

Les 2,1 milliards de dollars couvrent la construction du vaisseau, pas le lancement ni les opérations des hélicoptères. La facture finale sera donc bien plus élevée. SR-1 Freedom s'inscrit dans le cadre de la directive présidentielle NSTM-3 (avril 2026), qui mandate le développement de réacteurs spatiaux de moyenne puissance (100+ kWe) pour les années 2030.

Pendant ce temps, l'Europe reste à l'écart de cette course. Ariane 6 vole à la propulsion chimique, et le CNES n'a annoncé aucun programme équivalent de propulsion nucléaire électrique. Ni en France ni ailleurs en Europe, aucune industrie n'est positionnée dans la chaîne d'approvisionnement de SR-1. Alors que la Chine accélère ses propres ambitions martiennes, cet écart technologique mérite attention.