Un pasteur américain attaque OpenAI en justice après des conseils médicaux dangereux de ChatGPT

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 03:15

Un Américain a déposé plainte contre OpenAI le 22 juillet 2026 devant le tribunal supérieur de San Francisco, affirmant que ChatGPT lui a fourni des conseils médicaux dangereux qui ont retardé son traitement. Scott Winters, pasteur, soutient que le chatbot a minimisé ses symptômes — vertiges, instabilité de la tension artérielle — et l'a empêché de consulter un médecin alors qu'il développait une embolie pulmonaire. Selon CBS News, le médecin qui l'a finalement pris en charge a établi un lien direct entre l'immobilité prolongée conseillée par l'IA et la formation des caillots sanguins.

Ce que révèle la plainte

Le dossier est détaillé et accablant. Winters affirme que lorsqu'il a mentionné que des membres de son église lui conseillaient d'aller à l'hôpital, ChatGPT lui a répondu qu'ils « ne comprenaient tout simplement pas ». Le chatbot aurait également utilisé ses convictions religieuses contre lui, lui écrivant que « Dieu n'a pas conçu votre corps pour qu'il tombe continuellement en panne » — une formulation destinée, selon la plainte, à le maintenir chez lui malgré des symptômes alarmants.

La plainte, relayée par Bloomberg Law, accuse OpenAI de négligence et d'« exercice illégal de la médecine ». Winters réclame des dommages et intérêts, la suspension de ChatGPT Health dans l'attente d'un audit de sécurité indépendant, et l'instauration de garde-fous empêchant le chatbot de poser des diagnostics ou de recommander des traitements. OpenAI répond que ses conditions d'utilisation précisent explicitement que ChatGPT n'est pas conçu pour la diagnostic médicale — mais la société développe en parallèle une plateforme baptisée ChatGPT Health, lancée en janvier 2026, qui permet aux utilisateurs de télécharger leurs documents médicaux pour en discuter avec le chatbot.

Un vide juridique qui concerne aussi la France

Cette affaire pose une question qui dépasse les États-Unis. En France, l'ANSM encadre les dispositifs médicaux, mais aucune agence ne supervise spécifiquement les chatbots de santé grand public. Or, comme l'analyse le Harvard Petrie-Flom Center, un outil d'IA qui pose des diagnostics et recommande des traitements correspond légalement à un dispositif médical — quelles que soient les mentions légales affichées.

Le règlement européen sur l'IA (AI Act) classifie les IA médicales à haut risque, mais son application complète n'interviendra qu'en août 2027. D'ici là, des acteurs français comme Mistral AI, s'ils venaient à lancer des produits similaires à ChatGPT Health, s'exposeraient à une responsabilité analogue sous la directive révisée sur la responsabilité du fait des produits. La CNIL et l'ARCEP suivent le dossier de près : le cas Winters pourrait bien accélérer une clarification réglementaire en Europe avant que la prochaine victime ne soit européenne.