En Chine, les visages se vendent à la licence : de 15 à 700 dollars pour alimenter les séries IA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:48

La Chine a mis en place un marché où n'importe qui peut vendre la licence de son visage à des studios de production — entre 15 et 700 dollars par contrat — pour alimenter une industrie de micro-séries entièrement générées par IA. Ce phénomène, documenté par Rest of World, illustre à quelle vitesse la biométrie devient une marchandise ordinaire, sans équivalent réglementaire en France.

Le marché

Des plateformes comme ActID et New Claw fonctionnent comme des catalogues d'identités numériques. Un utilisateur télécharge quelques photos, fixe ses conditions de licence, et perçoit une rémunération dès qu'un producteur choisit son visage. Les studios filtrent les candidats par âge, morphologie ou genre de contenu. Pour beaucoup, c'est présenté comme un revenu passif sans effort.

La demande est colossale. Au premier trimestre 2026, plus de 128 000 micro-séries ont été produites en Chine — 95 % d'entre elles avaient recours à l'IA, selon Rest of World. Ces formats courts, conçus pour les smartphones, ont dépassé le cinéma traditionnel en audience. Recourir à des visages sous licence coûte bien moins cher qu'un casting classique : les studios évitent acteurs, maquilleurs et décors.

L'illusion du contrôle

Ce marché légal a émergé pour mettre de l'ordre dans un chaos préexistant. Le tribunal internet de Guangzhou a traité environ 700 affaires de vol de visage par IA sur trois ans. ByteDance a supprimé plus de 85 000 vidéos utilisant des visages ou des voix sans autorisation depuis début 2026. En mars, un tribunal pékinois a confirmé qu'un montage deepfake sans consentement était illégal.

La licence est présentée comme une solution : vous autorisez, vous êtes payé, vous contrôlez. Mais des juristes mettent en garde. Une fois les données biométriques téléversées sur une plateforme, le contrôle à long terme devient illusoire. Rien ne garantit que votre visage ne servira pas à entraîner de nouveaux modèles d'IA, ni qu'il ne se retrouvera dans des bases de données auxquelles vous n'aurez jamais accès. Selon Agility PR, la question du consentement éclairé reste entière à l'échelle mondiale.

Et en France ?

Aucune plateforme équivalente n'existe sur le marché français. La CNIL n'a pas publié de position spécifique sur ces marchés de licence biométrique. Le RGPD encadre théoriquement le traitement des données biométriques, mais aucune enquête ouverte en France ne vise ce type de service à ce jour. La micro-série IA reste un phénomène quasi exclusivement chinois pour l'instant — mais l'appétit des plateformes pour du contenu bon marché ne connaît pas de frontières.