Russie : le fondateur de Telegram Pavel Durov inscrit sur la liste des terroristes
La Russie vient de franchir un nouveau cap dans son bras de fer avec Telegram : le 30 juillet 2026, Rosfinmonitoring — l'agence fédérale russe de surveillance financière — a inscrit Pavel Durov sur sa liste officielle des terroristes et extrémistes, selon Moscow Times. La veille, le FSB l'avait formellement mis en cause pour « aide à l'activité terroriste ». Pour les quelque 90 millions d'utilisateurs russes de Telegram, la messagerie passe ainsi d'une application simplement ralentie à un service officiellement estampillé « nid d'extrémisme ».
L'accusation russe
Moscou reproche à Durov d'avoir refusé de supprimer des canaux et des bots que les services de renseignement ukrainiens utiliseraient pour coordonner des opérations de sabotage. Telegram n'a pas publié de déclaration officielle depuis l'annonce ; seule une image suggestive a été diffusée sur les réseaux — manière sans ambiguïté de signifier le refus d'obtempérer.
La liste Rosfinmonitoring est un instrument rodé : en octobre 2022, Meta y avait été ajoutée pour les mêmes raisons de refus de censure, selon Moscow Times (2022). On y trouve aussi des dissidents, des journalistes et des opposants politiques. En revanche, des organisations réellement désignées terroristes à l'international n'y figurent pas — ce qui en dit long sur la vocation réelle du registre.
La position délicate de Paris
Pour la France, la situation est particulièrement complexe. Durov détient la nationalité française et réside à Dubaï. Il avait été arrêté à Paris en août 2024 et inculpé de douze chefs d'accusation, dont complicité dans des affaires d'exploitation d'enfants en ligne. Libéré après mise en examen, il fait toujours l'objet d'une investigation menée par le parquet de Paris.
La désignation russe crée une collision frontale entre deux procédures : d'un côté, la justice française qui suit son cours ; de l'autre, une étiquette « terroriste » émise par Moscou qui pourrait théoriquement nourrir une demande de notice rouge Interpol — un scénario aux conséquences juridiques imprévisibles pour un ressortissant français, selon l'AP.
Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a d'ailleurs raillé la « sélectivité » française, suggérant que Paris poursuivait Durov là où Moscou le voulait — une rhétorique destinée à brouiller les lignes entre procédure démocratique et répression d'État.
Et maintenant ?
Ni Paris, ni Bruxelles, ni Washington n'ont réagi officiellement à cette désignation. Le précédent Meta de 2022 avait été accueilli par un silence similaire. Ce mutisme pourrait encourager d'autres régimes à dupliquer la méthode : classer un dirigeant de plateforme comme terroriste pour contraindre, sans procès, à la censure.