Un petit réacteur nucléaire pour alimenter les datacenters de l'IA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:33

ARC Clean Technology vient de signer un accord stratégique avec l'Idaho National Laboratory (INL) pour accompagner le déploiement de son réacteur modulaire ARC-100, de la conception jusqu'au démantèlement. Ce réacteur refroidi au sodium produira 100 MW en continu — soit l'équivalent de l'alimentation d'un grand datacenter d'intelligence artificielle. L'accord survient alors que la consommation électrique des datacenters devrait atteindre 1 000 térawattheures par an dès 2026, selon l'AIE.

Ce qu'est l'ARC-100

L'ARC-100 est un petit réacteur modulaire (SMR) refroidi au sodium liquide. Contrairement aux panneaux solaires ou aux éoliennes, il fonctionne 24h/24 quelle que soit la météo, avec un facteur de disponibilité proche de 95 %. Il occupe une empreinte au sol réduite, ce qui le rend compatible avec des sites industriels ou des zones à réaménager — friches de centrales à charbon notamment. L'INL fournira son infrastructure d'essais, dont l'Advanced Test Reactor et le Transient Reactor Test Facility, pour évaluer les matériaux, effectuer des simulations numériques et tester le comportement du système en conditions extrêmes. Chaque étape devra recevoir l'aval du département américain de l'Énergie (DOE).


Visualisation du petit réacteur modulaire ARC-100. Illustration : ARC Clean Technology

Ce partenariat s'inscrit dans la continuité du programme Advanced Reactor Concepts 2020, au cours duquel l'INL travaillait déjà sur le combustible de l'ARC-100 en lien avec la Commission de réglementation nucléaire américaine (NRC). L'objectif est de réduire les risques techniques avant que le premier béton soit coulé, afin de rassurer régulateurs et investisseurs sur la solidité scientifique du projet.

La France absente de la course

La première démonstration commerciale est prévue en 2029 au Nouveau-Brunswick, au Canada, où l'autorité de sûreté nucléaire canadienne (CNSC) a déjà franchi la phase II de son examen réglementaire, selon Interesting Engineering. Aux États-Unis, aucun site n'est encore désigné et le calendrier NRC reste inconnu.

En France, la situation est encore plus en retrait. EDF et Framatome se concentrent sur des réacteurs de grande puissance ou sur la fusion (projet ITER) — pas sur des SMR sodium de 100 MW. L'ARC-100 n'a entamé aucune procédure auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). OVHcloud, Mistral AI et les autres acteurs français du cloud restent donc entièrement dépendants du réseau électrique national, sans perspective de fourniture nucléaire modulaire à court terme. Comme le souligne le Bulletin of the Atomic Scientists, les investissements des géants technologiques dans les SMR restent insuffisants pour combler le déficit de capacité avant 2035.

La prochaine étape

Si le démonstrateur canadien tient son calendrier de 2029, l'ARC-100 pourrait postuler à des déploiements en Europe dans les années 2030. Mais les normes Euratom, plus strictes que celles de la NRC, rallongent les délais de certification. Pour les opérateurs de datacenters en France qui cherchent une alimentation bas-carbone et pilotable, l'horizon réaliste reste au-delà de 2032.