4 milliards d'objets célestes dans une seule image : la plus grande carte 2D de l'univers est disponible
Des astronomes américains viennent de publier la plus grande carte 2D de l'univers jamais réalisée : 5 600 milliards de pixels, près de 4 milliards d'objets célestes et 75 % du ciel observable cartographiés. Ce travail, conduit par le projet DESI Legacy Imaging Surveys, est le fruit de 13 années d'observations cumulées. Pour les chercheurs en cosmologie, c'est un catalogue de référence accessible librement dès maintenant.
L'instrument et la méthode
Cette carte n'est pas une simple photographie grand angle. Elle a été assemblée à partir de 263 407 expositions individuelles réalisées par plusieurs télescopes, dont ceux de Cerro Tololo au Chili et de Kitt Peak aux États-Unis, en lumière visible et infrarouge proche. À l'origine, cet ensemble de données servait de support au spectrographe DESI (Dark Energy Spectroscopic Instrument), un instrument capable d'analyser la lumière des galaxies et des quasars pour mesurer leur décalage vers le rouge — autrement dit, leur distance par rapport à nous. C'est ce même décalage qui permet de transformer une image plate du ciel en modèle tridimensionnel de l'univers.
La carte DESI Legacy Imaging Surveys couvre 75 % du ciel et recense près de 4 milliards d'objets célestes.
Ce que les données révèlent
En avril 2026, l'instrument DESI a achevé sa mission initiale de cinq ans avec 39 mois d'avance, selon l'annonce Berkeley Lab. Au total, 47 millions de galaxies et de quasars ont été cartographiés en 3D, contre un objectif initial de 34 millions — soit 38 % de plus que prévu. Pour comparaison, le télescope spatial européen Gaia se concentre principalement sur la Voie lactée et recense environ 1,8 milliard d'objets ; DESI plonge bien plus loin dans l'univers profond.
Les premières analyses suggèrent que l'énergie noire — la force qui accélère l'expansion de l'univers — pourrait s'affaiblir au fil du temps cosmique. C'est une piste sérieuse, même si les scientifiques restent prudents : les résultats complets sur cinq ans ne sont attendus qu'en 2027. Si cette tendance se confirme, elle remettrait en cause un modèle cosmologique vieux de 25 ans, la constante cosmologique.
Accès ouvert et usages futurs
Les données Legacy Surveys sont consultables gratuitement via le Legacy Survey Sky Viewer, aussi bien par des chercheurs professionnels que par des amateurs éclairés. Les versions précédentes du catalogue sont déjà citées dans plus de 1 800 articles scientifiques. Désormais, ces données sont également désignées pour entraîner des classificateurs d'intelligence artificielle dans le cadre de la Genesis Mission du département américain de l'Énergie (DOE). Elles serviront aussi de base de calibration pour le futur observatoire Vera C. Rubin, dont la mise en service est prévue prochainement. La contribution Fermilab souligne par ailleurs la dimension internationale du projet, avec des équipes de France, d'Espagne et du Royaume-Uni impliquées dans l'exploitation scientifique des données.