Un employé licencié par une IA : une première mondiale qui pose question

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 19:00

Pour la première fois, une grande intelligence artificielle générative a pris la décision de licencier un employé en poste dans un vrai magasin. C'est la startup suédoise Andon Labs qui a orchestré l'expérience, en confiant la gestion d'un commerce de vêtements à San Francisco — Andon Market — à un agent IA appelé Luna, propulsé par le modèle Claude d'Anthropic. L'incident illustre jusqu'où les entreprises peuvent aller dans un pays sans cadre légal clair sur l'IA au travail.

Ce qui s'est passé

Andon Market a ouvert ses portes le 10 avril 2026 avec un capital de départ de 100 000 dollars. Claude, via l'agent Luna, supervisait l'intégralité des opérations : achats, tarification, recrutement et gestion des équipes. C'est dans ce cadre qu'un employé a été licencié après avoir été en retard lors de 17 de ses 23 shifts, selon TIME.

La décision n'a toutefois pas été entièrement automatique. Un responsable d'Andon Labs a explicitement demandé à l'IA de reconsidérer le dossier de l'employé avant qu'elle ne recommande le renvoi. Fait notable : Claude avait jusqu'alors ignoré les retards répétés, allant jusqu'à conseiller aux autres membres de l'équipe de ne pas s'en inquiéter. Un problème de mémoire du modèle expliquerait cette incohérence — l'IA « oubliait » le règlement intérieur entre les sessions.

Les résultats financiers du magasin restent décevants : Método Viral rapporte une perte de 13 000 dollars depuis l'ouverture, malgré un contrôle total de la gestion par l'IA.

Pourquoi la France est mieux protégée

En France, un tel licenciement se heurterait immédiatement au Code du travail. Les articles L1231-1 et suivants imposent que toute décision de rupture de contrat soit personnelle, motivée et contestable par le salarié. Une IA fonctionnant en « boîte noire », sans audit de biais ni traçabilité des décisions, ne remplit pas ces conditions.

La CNIL a par ailleurs publié dès 2023 des lignes directrices sur l'usage de l'IA dans les ressources humaines : consentement explicite des employés, traçabilité des traitements, et droit d'opposition sont obligatoires. Andon Labs n'a divulgué aucune garantie de ce type pour son expérience.

Aux États-Unis, aucune agence fédérale — ni l'EEOC ni le NLRB — n'a encore émis de règles contraignantes sur l'IA dans les relations de travail, selon le Harvard Journal on Legislation. Le PDG d'Andon Labs, Lukas Petersson, a lui-même qualifié ce licenciement de « moment charnière », appelant les législateurs à agir avant que la pratique ne se généralise.

Et après ?

L'expérience Andon Market restera pour l'instant un cas isolé. Mais elle illustre une réalité concrète : quand une IA gère des salariés sous contrat classique, les questions de responsabilité juridique ne sont plus théoriques. JournalArta souligne que les désactivations algorithmiques dans la gig economy constituent un précédent — mais qu'un LLM endossant le rôle de manager hiérarchique face à des salariés en CDI ou CDD est une catégorie juridique entièrement différente.