La Chine invente le prêt bancaire basé sur la consommation de tokens IA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:22

La Bank of China vient de lancer un produit de crédit inédit : les startups d'intelligence artificielle peuvent désormais emprunter jusqu'à 30 millions de yuans (environ 3,8 millions d'euros) en présentant leur consommation de tokens comme garantie, à la place d'actifs classiques. Le programme, baptisé Computing Power Token Loan, est déployé dans le district de Haizhu à Guangzhou. Aucune banque française — ni BNP Paribas, ni Société Générale, ni Crédit Agricole — n'a lancé d'équivalent.

Le principe

Un token est l'unité de base traitée par un modèle d'IA à chaque requête. Plus une entreprise en consomme, plus son service tourne et attire des utilisateurs — du moins en théorie. La banque s'appuie sur ce volume pour estimer la vitalité commerciale d'un dossier, en complément des contrats de services informatiques et des créances clients. Le prêt est accordé sur une durée maximale de trois ans. En phase pilote, selon le Global Times, 28 millions de yuans ont déjà été approuvés pour plusieurs entreprises.

Le dispositif cible trois types d'acteurs : les fournisseurs de puissance de calcul, les développeurs d'applications IA, et les sociétés de services associées. La région de Guangzhou offre par ailleurs des aides individuelles pouvant atteindre 5 millions de yuans pour les participants à cette économie des tokens.


Tokens en action : comment la Chine utilise l'IA pour garantir des prêts bancaires. Illustration : IA

Un marché sous stéroïdes

La demande justifie l'audace du modèle. La consommation quotidienne de tokens en Chine a dépassé 140 000 milliards d'unités en mars 2026, selon le South China Morning Post — soit une multiplication par plus de 1 000 par rapport au début 2024. Cette explosion est portée moins par les chatbots grand public que par les agents IA autonomes, qui génèrent des volumes de requêtes massifs en permanence.

Cette initiative s'inscrit dans une politique nationale de soutien au secteur technologique, qui pousse les banques chinoises à financer l'IA en priorité. China Merchants Bank et Ping An Bank ont également lancé des produits liés aux tokens IA entre juin et juillet 2026, ce qui indique une tendance bien plus large que le seul cas de la Bank of China.

Le risque de la manipulation

Le point faible du modèle est évident : une consommation élevée de tokens ne garantit ni rentabilité, ni solvabilité. Une startup peut artificiellement gonfler ses métriques via de fausses requêtes ou des tests répétés de modèles, pour obtenir un plafond de crédit plus élevé. Des experts du secteur bancaire appellent donc à la création de standards indépendants de vérification des données, ainsi qu'à une plateforme neutre d'audit.

En France, ni la Banque de France ni la CNIL n'ont encore pris position sur l'utilisation de métriques IA comme garantie de crédit. Les startups françaises comme Mistral AI dépendent pour l'instant des circuits de financement classiques — capital-risque américain ou fonds européens. Le modèle chinois reste inaccessible, mais il pose une question concrète : jusqu'à quand ?