Samsung a vendu sa mémoire jusqu'en 2031 : Microsoft, Google et Nvidia l'obtiennent 5 fois moins cher
Samsung vient de confirmer une réalité qui change durablement l'économie des puces mémoire : environ 70 % de ses capacités de production sont désormais engagées dans des contrats longue durée (LTA) courant jusqu'en 2031, selon Seoul Economic Daily (Aug 31, 2026). Les bénéficiaires exclusifs sont Microsoft, Google et Nvidia. Pour les acteurs qui n'ont pas signé, l'accès à la mémoire HBM3E — indispensable aux infrastructures d'IA — passe désormais par le marché spot, à des prix sans commune mesure.
L'écart de prix
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Un stack de 36 Go de HBM3E s'achète aujourd'hui environ 2 100 dollars sur le marché spot. Dans le cadre d'un accord LTA, le même composant revient à 500–700 dollars — soit quatre à cinq fois moins cher. Microsoft, Google et Nvidia bénéficient donc d'un coût proche des niveaux d'avant la crise mondiale des semi-conducteurs, pendant que le reste du marché subit de plein fouet la pénurie.
Le HBM3E de Samsung, mémoire haute bande passante désormais indispensable aux infrastructures d'intelligence artificielle.
SK Hynix a conclu des accords similaires, dont un contrat DRAM de cinq ans avec Google assorti d'une extension HBM de deux ans. Ensemble, Samsung et SK Hynix concentrent 50 à 55 % des parts de marché mondial de la mémoire HBM. Silicon Analysts (juillet 2026) évalue à 950 milliards de dollars le total des accords bilatéraux verrouillés jusqu'en 2030.
L'impact en France
Pour les acteurs français du cloud et de l'IA, la situation est préoccupante. OVHcloud et d'autres opérateurs d'infrastructure n'ont pas accès aux tarifs LTA réservés aux hyperscalers américains. Ils se retrouvent donc sur le marché spot, à 2 100 dollars le stack. Les prix retail DDR5 ont augmenté de 80 à 90 % en un trimestre ; les serveurs et équipements réseau en subissent les conséquences directement.
Les acteurs français de l'IA — Mistral AI, Hugging Face — risquent de prendre du retard face à des concurrents américains qui, eux, bénéficient indirectement de la mémoire à prix contractuel via leurs partenaires cloud. Aucun accord-cadre français avec Samsung ou SK Hynix n'a été documenté à ce jour.
Jusqu'à quand ?
La pénurie n'est pas conjoncturelle. Environ 70 % de la capacité mondiale en wafers a été réorientée vers la mémoire HBM pour l'IA, au détriment du DRAM grand public. Le PDG de Micron estimait en juin 2026 que la pénurie durera au moins jusqu'en 2027, avec une amélioration progressive attendue en 2028. Le PDG de SK Hynix a même évoqué une tension persistante bien au-delà de 2030. Pour les entreprises sans contrat signé, l'horizon reste fermé pendant plusieurs années.