La NASA cherche des sous-traitants pour construire sur la Lune : oxygène extrait du sol et tours solaires

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 18:56

La NASA vient de franchir un cap décisif : fini les études de concept, place aux prototypes opérationnels. L'agence a lancé le programme NextSTEP-3 le 8 septembre 2026, un appel à propositions destiné à trouver des entreprises capables de bâtir une infrastructure réelle au pôle Sud de la Lune. L'enjeu est direct — la Chine vise une base lunaire habitée dès 2030, et les États-Unis ont besoin de technologies matures pour ne pas perdre pied.

Cinq technologies sans lesquelles la Lune reste hors de portée

L'ambition centrale de NextSTEP-3 est simple : produire sur place ce qui est aujourd'hui expédié depuis la Terre. Ce principe, appelé ISRU (In-Situ Resource Utilization, ou utilisation des ressources locales), est la clé pour réduire radicalement le coût des missions Artemis. Le programme couvre cinq domaines critiques :

- Panneaux solaires verticaux. Au pôle Sud, le soleil rase l'horizon en permanence. Des tours solaires sont nécessaires pour capter, stocker et distribuer l'énergie de manière stable. - Extraction d'oxygène du régolithe. La poussière lunaire contient de l'oxygène. La NASA cherche des procédés pour en extraire une quantité utilisable, aussi bien pour respirer que pour alimenter des systèmes de propulsion. - Générateurs radioisotopiques Stirling. Ces appareils convertissent la chaleur produite par la désintégration de matériaux radioactifs en électricité. Indispensables dans les cratères profonds ou lors des longues nuits lunaires, là où aucun rayon de soleil ne parvient. - Fabrication en orbite. Produire ou assembler des composants directement dans l'espace, sans attendre des mois un ravitaillement depuis la Terre. - Nanomatériaux. Concevoir des matériaux de nouvelle génération, légers et résistants, pour construire et exploiter la base.


Vue d'artiste des éléments d'infrastructure et des technologies envisagés pour opérer à la surface de la Lune. Illustration : NASA

Un programme fermé aux acteurs européens en solo

Le pôle Sud lunaire a été choisi pour ses dépôts de glace d'eau — une ressource précieuse, mais dans un environnement aux conditions extrêmes : variations de température et radiations que les technologies terrestres standard ne supportent pas.

La NASA précise que les équipes doivent être menées par des entreprises américaines. Les partenaires internationaux peuvent participer, mais uniquement au sein d'un consortium piloté par un maître d'œuvre américain. Concrètement, selon les termes de la sollicitation, des acteurs comme Thales Alenia Space, Safran ou Airbus Defence & Space n'ont aucun accès direct au programme — ils devraient passer par un partenariat avec une entreprise américaine.

La France participe bien au programme Artemis, mais via l'ESA et ses contributions à la station Gateway en orbite lunaire — un rôle distinct de la course aux technologies de surface que NextSTEP-3 entend accélérer. Comme le souligne une analyse de l'Ifri sur la compétition spatiale Europe-Chine, les marges de manœuvre européennes se réduisent entre la dépendance au programme américain et la montée en puissance du projet sino-russe ILRS.

Ce qui vient ensuite

Les propositions reçues serviront à construire la stratégie d'achats futures de la NASA — c'est en réalité un appel d'offres déguisé pour les technologies de demain. Les entreprises retenues devront livrer des prototypes fonctionnels, pas de simples études. Pour l'industrie spatiale, la fenêtre pour se positionner est ouverte maintenant.