Anthropic révèle que Claude a été utilisé pour des armes biologiques et des cyberattaques

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:36

Des hackers d'État russes, des chercheurs en biologie à l'intention incertaine et des laboratoires chinois ont tous tenté d'exploiter Claude, l'IA d'Anthropic — et certains y sont partiellement parvenus. C'est ce que révèle l'Rapport Anthropic: Detecting and Countering Misuse of AI, publié en septembre 2026, qui documente sept catégories de menaces et plus de quarante groupes surveillés entre décembre 2025 et août 2026. Pour les industriels de la défense européens et les gouvernements qui en dépendent, le constat est préoccupant.

Les virus et les militaires

La science a toujours deux faces : les mêmes recherches sur les pathogènes peuvent produire des vaccins ou des armes. Anthropic a identifié cinq cas de tentatives de détournement à des fins biologiques. Dans l'un d'eux, des utilisateurs ont demandé à Claude de rédiger un dossier de financement pour des recherches sur le gain de fonction du virus Chikungunya — un virus transmis par les moustiques. Ce qui a alerté Anthropic : les résultats étaient destinés à un institut militaire.

Quand Claude a refusé, les chercheurs ne se sont pas arrêtés là. Ils ont migré vers d'autres modèles d'IA via des plateformes intermédiaires moins restrictives. Un autre cas concernait la grippe aviaire hautement pathogène : un utilisateur a eu recours à Claude pendant des semaines pour planifier des expériences et analyser des données, avant de basculer sur des versions moins avancées de l'outil après que les modèles récents lui ont barré l'accès. Trois autres affaires impliquaient des orthopoxvirus, des toxines et des composés dangereux.

L'ombre russe dans le cloud

Le rapport cite aussi le groupe Midnight Blizzard, connu sous les noms APT29 et NOBELIUM, lié aux services de renseignement russes. Cette organisation a utilisé Claude pour automatiser des campagnes de phishing, générer des logiciels malveillants et préparer une infrastructure de vol de données. Plus de vingt organisations ont été visées : ministères, services diplomatiques, structures de défense en Ukraine et en Europe, ainsi que des fabricants de drones militaires — des acteurs qui coopèrent potentiellement avec des partenaires de défense français.

Ce cas illustre un glissement majeur : l'IA ne sert plus seulement d'assistant, elle devient un orchestrateur autonome capable d'enchaîner reconnaissance, exploitation et exfiltration avec une intervention humaine minimale, selon Al Jazeera: Anthropic claims Claude used for missile projects.

Les garde-fous ne suffisent pas

Anthropic reconnaît le paradoxe : plus Claude devient performant, plus il est utile aux chercheurs légitimes — et plus il est dangereux entre de mauvaises mains. Les utilisateurs ont appris à contourner les restrictions en fragmentant des requêtes complexes en petites tâches anodines, en utilisant des relais régionaux pour échapper aux filtres géographiques, ou en basculant vers des modèles plus anciens aux garde-fous moins stricts.

La société dit avoir renforcé les restrictions sur les requêtes à haut risque et transmis les données d'incidents aux autorités. Mais l'affaire Midnight Blizzard montre que les mécanismes de protection des développeurs peinent encore à suivre l'ingéniosité des attaquants. Dans ce contexte, la question de la conformité au règlement européen sur l'IA — qui impose une classification par niveau de risque — se pose avec une acuité nouvelle pour toutes les plateformes d'IA accessibles en France.