Du zinc à la place du xénon : Muon Space allume son propulseur Hall en orbite

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:48

Le carburant des satellites pourrait bientôt coûter une fraction de ce qu'il coûte aujourd'hui. La startup américaine Muon Space a réussi le 1er juillet 2026 le premier tir en orbite d'un propulseur Hall alimenté au zinc solide, à bord du satellite de test SERT-III. Le zinc revient à environ 7 à 15 €/kg, contre 5 000 à 12 000 €/kg pour le xénon — une économie de plus de 99 % sur le poste carburant, selon SETS Electric Propulsion.

Fini les réservoirs sous pression

Les propulseurs électriques classiques, équipant la majorité des satellites actuels, fonctionnent au xénon ou au krypton. Ces gaz nobles doivent être stockés sous très haute pression, ce qui impose des réservoirs lourds et complexes qui réduisent la capacité utile de chaque engin. Muon Space prend le contre-pied de cette logique : le zinc est un solide à température ambiante, il ne requiert aucun réservoir pressurisé. Sur une constellation de plusieurs centaines de satellites, la différence de coût devient considérable.

Le satellite SERT-III a été lancé le 30 mars 2026 par un Falcon 9, et le propulseur Starlight a été mis à feu moins de quatre mois après l'arrivée en orbite. Des observations au sol ont confirmé que la poussée générée a bien modifié la trajectoire du satellite. Le système d'alimentation et de vaporisation du zinc a fonctionné de façon stable, validant les résultats des tests au sol.

Une contamination sous les prévisions

L'une des principales interrogations portait sur les dépôts de zinc vaporisé : le métal risquait-il de se déposer sur les panneaux solaires ou les capteurs du satellite ? D'après le communiqué officiel de Muon Space, les capteurs TQCM (microbalances à quartz) ont mesuré des dépôts nettement inférieurs aux prévisions les plus conservatrices. Ce résultat valide les modèles de panache utilisés pour les futures missions.


Le propulseur Starlight fonctionnant au zinc, photographié en orbite par la caméra embarquée du satellite SERT-III. Illustration : Muon Space

La suite du programme

La version actuelle de Starlight cible les petits et moyens satellites, pour des manœuvres de montée en orbite, de maintien à poste et de désorbitation en fin de vie. Muon prévoit d'équiper les satellites de ses premiers clients avant la fin 2026. Une version Gen-2, destinée à des engins plus grands, doit effectuer son premier test en orbite au premier trimestre 2027, toujours selon GlobeNewswire via Manila Times.

Pour les opérateurs de constellations LEO — Eutelsat en tête en Europe — ce changement de carburant pourrait remodeler en profondeur les plans d'affaires. Si la technologie tient ses promesses à grande échelle, les lourds réservoirs de gaz noble pourraient bien devenir une curiosité du passé.